Comment en es-tu venu à te « poser » en Finlande et, de là, à proposer de la voile sur la côte est du Groenland ?
Au terme de mon expédition Arktika (quatre années solo du cap Nord au détroit de Béring en kayak et traîneau à chiens), j’ai recherché un coin de nature sauvage où poser temporairement mes kamiks et les bottines de mes chiens. Je désirais aussi reproduire ma petite meute très fatiguée par ce long voyage. Sibérie, Spitzberg, Canada, Finlande, Norvège ? Le destin et les événements m’ont conduit en Laponie finlandaise pour monter le camp Arktika, non loin de cette petite mer intérieure qu’est le sublime lac Inari.
L’idée du bateau polaire remonte à mon enfance. Durant les 12000km de l’expédition, je construisais pas à pas ce projet dans ma tête. Peut-être aurais-je pu faire appel à du sponsoring, mais le camp Arktika m’a tellement mobilisé que j’ai choisi le chemin, plus noble (et certes plus long), de l’indépendance.

Comment en es-tu venu à collaborer avec Grand Nord Grand Large ?
Je ne me souviens plus si c’est Grand Nord Grand Large ou moi-même qui avons écrit un mail assez anodin pour occuper mes chiens au chômage technique. « Propose-nous un programme » fut la réponse de Jean-Luc. Je ne connaissais du tourisme que la marche dans les blizzards sibériens. Pourtant les clients ont très vite adhéré au « produit » un peu original que j’avais sorti de mes cartons et m’ont encouragé à poursuivre, même si les raids proposés étaient un peu raides. « Un peu comme la vodka, dur à avaler au début mais ça fait du bien quand c’est passé » commentait un de mes clients ayant survécu à quelques bivouacs à la belle étoile par -40°C.

Ta vision du Groenland
Le Groenland est la terre de mes premières aventures polaires. En 1984, à 24 ans, je suis parti vivre un an dans un petit village de la côte ouest. J’y ai appris la langue, la chasse et la pêche sur la banquise, les chiens de traîneau. Je partais chaque jour poser mes palangres pour nourrir mes huit chiens et ma famille adoptive. Cette année passée chez les Inuit n’avait pas seulement été une palpitante aventure de jeunesse. Elle avait conditionné ma destinée et donné un sens à ma vie. Je ne me suis plus jamais dérouté de ce cap.

La sécurité à bord
Quel que soit le raid, terrestre ou maritime, je le prépare comme s’il s’agissait de ma propre expédition. Je suis extrêmement rigoureux et exigeant, que ce soit envers l’équipement, mes assistants ou clients. Cela surprend un peu ces derniers qui viennent passer des vacances, mais c’est à mon sens la clé de toute entreprise à haut risque : laisser le moins de place à l’imprévisible. L’expérience du guide, du chef de bord, de l’explorateur pallie les surprises que nous offre la nature. En six saisons de raids extrêmes, nous n’avons eu à déplorer aucun accident ou retard sur le planning de retour.
Côté croisière, j’opte pour le meilleur matériel, le plus fiable. Un back-up pour la plupart des systèmes à bord. Arktika est un bateau complexe du fait du programme envisagé : hivernages dans le pack, autonomie énergétique, transport de chiens de traîneau… La liste de notre équipement est impressionnante : balises de détresse PLB (personnelle) et EPIRB, balise AIS homme à la mer, perche IOR, téléphone satellite, radio HF pour la prévision météo, gilets harnais pour chaque équipier, et en électronique de navigation: 2 radars (broadband et longue portée), AIS, Navtex, 2 sondeurs graphiques de grande profondeur, 2 pilotes, sans parler de 2 moteurs Nanni très fiables et respectueux de l’environnement, un gréement neuf, etc. J’ai aussi la chance d’être soutenu par des assistants skippers très pros. Le confort à bord compte également en matière de sécurité : 4 types de chauffage indépendants (air pulsé, poêle à gazole, poêle à bois, aérotherme), baignoire sabot et l’année prochaine, peut-être un véritable sauna finlandais.

Pourquoi partir avec toi ?
Nous proposons des croisières en groupe restreint (4 participants maximum) avec des itinéraires engagés et axés sur l’exploration des terres polaires, ainsi que sur la découverte et l’apprentissage de la vie sauvage dans le Grand Nord. Notre camp de base devient un bateau autour duquel nous rayonnons en kayak de mer ou à pied. Nul besoin d’être marin, notre bateau est là pour assurer notre logistique et notre hébergement au retour d’excursions ou de raids.
Arktika est un support logistique fiable et une plateforme d’exploration sûre et confortable pour évoluer en toute sécurité dans les zones les plus inaccessibles et sous les conditions météorologiques les plus extrêmes de l’Arctique.
Faire un raid en traîneau à chiens au camp Arktika ou une croisière polaire à bord d’Arktika implique de respecter une éthique qui m’est très chère. Pas simple pour les clients qui n’ont pas les repères ou les réflexes des gens de la nature, même s’ils adhèrent a priori. La satisfaction n’en est que plus grande car la réussite de leur raid/croisière leur revient. Je mets un point d’honneur à les impliquer dans le raid, les immiscer de plus en plus intimement dans la nature, non pas par la lutte contre les éléments, mais en faisant corps avec eux pour les épouser le temps d’un raid. La satisfaction de nos participants est donc très personnelle ; ils l’ont fait par leur propre force physique ou mentale. Le talent du guide n’est pas selon moi d’être animateur mais de s’effacer le plus possible tout en étant extrêmement présent pour que tout se déroule de manière professionnelle. Etre un homme de la nature est juste une question d’expérience. Comment mon ami Nenets retrouve-t-il ses rennes dans la tempête ? « Rien de mystérieux » me disait-il, « je suis un professionnel ».
Nos participants nous quittent souvent très émus, ils ont dépassé leurs limites, ils repartent non pas en disant : « Le guide était sympa » mais en se disant : « je l’ai fait ! ». Le plus incroyable est que certains aiment beaucoup et reviennent !
Les territoires sauvages sont toujours les plus beaux. Du fait de leur éloignement des zones civilisées et de leur difficulté d’accès, ils ont su garder leur beauté virginale. Mais comment les atteindre sinon par des moyens logistiques (motoneige, avion, hélicoptère, navire de grand tourisme) qui vont parfois à l’encontre de l’harmonie que nous autres, explorateurs et voyageurs, tentons d’établir avec l’environnement ? Dans le haut Arctique, les voies de communication, et par conséquent les moyens logistiques, sont principalement maritimes. C’est donc par la mer, en bateau (et en kayak), que nous explorerons le Groenland, guidés par Gilles Elkaim.