Tout quitter pour partir là-bas, au Groenland, vivre la vie de chasseur inuit, seul aux prises avec la banquise et ses lois. Un véritable défi pour Mike Magidson, un Californien habitué au confort urbain. Une expérience de (sur)vie, rude et austère, et un hommage au mode de vie inuit. 

Mike Magidson

Quitter le confort urbain pour apprendre à vivre comme un chasseur inuit au Groenland… Comment est née cette idée ?

 

J’ai été marqué par les lectures de mon enfance, notamment les romans de Jack London (Croc-Blanc, L’appel de la forêt…). Moi qui vivais sous le soleil de Californie, j’ai commencé à développer mon imagination et à rêver de terres polaires.

Un jour, alors que j’avais 10 ans, j’ai disparu dans la forêt parce que je voulais apprendre à me débrouiller tout seul dans la nature. Ma mère était paniquée ! J’y suis resté 3h, j’avais encore beaucoup de choses à apprendre… Mais l’idée m’est restée.

En 2000, je suis parti au Groenland pour un premier documentaire et j’ai côtoyé les Inuits avec qui je me suis lié d’amitié. J’étais tellement fasciné que j’ai voulu vivre à leur façon. C’est pour cela que je suis reparti : j’avais envie de cette expérience en solitaire. L’idée d’en faire un film n’est venue que plus tard, en songeant à partager cette aventure avec d’autres. Pendant presque deux mois, j’ai suivi une préparation et mes amis inuits m’ont livré les secrets de la chasse et de la pêche.

L'appel de la banquise

 

Quels enseignements tirez-vous de cette expérience extrême ?

 

J’ai appris que ce peuple autochtone possède une incroyable richesse. Je trouve leur savoir-vivre très beau. Leur façon d’être connectés à la terre, leur rapport à la nature m’a beaucoup inspiré. Encore plus que si je m’étais contenté de les observer.

Je retiens aussi la notion de partage qui est très forte au sein de leur communauté : ils ne font rien pour le prestige mais pour le bien-être du groupe. Dans mon quotidien, j’essaye d’appliquer cette leçon au maximum et de partager encore plus avec les autres. Chez eux, ce n’est pas quelque chose d’intellectualisé, c’est un réflexe, un instinct. Ils m’ont appris à lâcher prise.

 

Doit-on voir ce documentaire comme un hommage au mode de vie inuit ou une critique de nos sociétés modernes ?

 

Je ne suis pas assez bien placé pour critiquer le monde moderne. Mais je trouve effectivement que plus les nouvelles technologies progressent, plus on s’éloigne de l’essentiel. En filmant le mode de vie très simple des Inuits, leur amitié sincère et leur vision de la vie, j’ai eu envie de montrer qu’on peut être heureux avec pas grand chose.

L'appel de la banquise

 

Quel est votre plus beau souvenir de la banquise ?

 

J’ai gardé deux souvenirs très intenses de cette expérience en immersion. D’abord, le silence : seul sur la banquise, je n’entendais rien, mais j’entendais tout. Le bruit du vent glacial, la respiration des chiens… On se sent loin de tout mais en même temps connecté à la terre. Assis sur mon traîneau, les chiens à côté de moi, j’étais très heureux. Je ne me suis jamais senti seul.

Mon deuxième souvenir remonte au moment où le grand chasseur inuit m’a remis son bonnet. Cela faisait 25 ans qu’il le portait, et il a insisté pour me l’offrir. Symboliquement, j’étais l’un des leurs. A ce jour, j’en reste très ému.

L'appel de la banquise

 

Quelle sera votre prochaine aventure ?

 

Je prépare un film ayant pour héros un pilote de 39 ans atteint de sclérose en plaques. Il a convaincu d’autres pilotes de l’accompagner en hydravion autour de l’Arctique pendant 80 jours.  L’idée est de faire un parallèle entre son parcours et les conséquences du réchauffement climatique. Ce voyage va aider cet homme à confronter ce qu’il vit. C’est un portrait personnel qui fait écho aux forces de la nature.