Skipper du voilier Algol

Ancien officier de la marine marchande, Jean-Baptiste a navigué sur des cargos, des porte-conteneurs et des bananiers, des côtes d’Amérique du Nord en Atlantique jusqu’aux îles Kerguelen en Terres australes et antarctiques françaises. En 1979, il participe à un chantier naval pour construire des voiliers en acier. Le premier est Algol : il navigue avec ce bateau depuis lors, notamment au Spitzberg ou au Groenland avec Grand Nord Grand Large.

Bonjour Jean-Baptiste. Peux-tu nous en dire plus sur ton métier ?

Indiscutablement, c’est un métier que j’ai choisi par passion. J’ai toujours eu envie de vivre en mer et je n’envisageais pas de choisir un travail alimentaire. J’ai donc opté pour la marine marchande qui me permettait de naviguer. Ce sont ensuite les rencontres qui m’ont permis d’évoluer vers la construction d’Algol puis le voyage arctique.

En plaisantant, nous disons que notre métier a trois volets : sécurité, sécurité, sécurité. Elle est primordiale dans notre activité. Nous emmenons en mer des personnes qui n’ont pour la plupart aucune notion de la vie en Arctique. Pourtant pour moi, la mer est un milieu naturel, c’est-à-dire où il est « naturel » de vivre. On y vit bien en restant humble. Cette philosophie de vie est donnée par un dicton marin :« Si tu veux vivre vieux marin, arrondis les pointes et salue les grains »!

Notre travail de guide est important : enseigner comment approcher les animaux sauvages, faire découvrir les trésors de la nature, prévenir les risques… La plus grande satisfaction, ce sont les retours positifs des personnes qui voyagent avec nous.

Voilier Algol

À quoi faut-il s’attendre quand on navigue à la voile en région polaire ?

L’intérêt du voilier est de permettre d’habiter un lieu et de se déplacer en même temps. Dans les régions polaires, le bateau représente souvent la seule façon de circuler. L’avantage du voilier est de pouvoir naviguer en groupe, de se rapprocher des côtes et de mouiller dans des petites criques. Il permet aussi de se rapprocher doucement des animaux marins. Le bateau est chauffé et les températures ne posent pas de problème car toujours supérieures à 0. En mer, à cause du vent, la température ressentie peut être inférieure, mais au mouillage, dans les fjords ou à terre, la température est très supportable, voire agréable.

Le voilier présente un petit espace et nous nous organisons pour les tâches du bord. Deux personnes s’occupent de la cuisine et de la vaisselle chaque jour. De même, nous sommes en autonomie complète et nous devons faire attention à l’électricité et surtout à l’eau. Suivant les économies réalisées, nous nous octroyons une, rarement deux, douche(s) sur un voyage de 13 jours.

Tout le monde participe à la marche du bateau. Nous naviguons presque exclusivement au pilote automatique et il est possible de barrer suivant les envies. Tous le matins, la manœuvre principale est celle de relever l’ancre. Il faut une personne à la manœuvre du guideau électrique, une au rangement de la chaîne dans la soute à voiles et une dernière au nettoyage de la chaîne au jet d’eau (de mer).

Voilier Algol

Est-il nécessaire de savoir faire de la voile ?

Pas vraiment sur les croisières au Spitzberg.

Il faut s’attendre à vivre dans un espace réduit. Le carré est grand pour un bateau de cette taille mais nous pouvons être 12 si le bateau est complet. Il est possible de s’isoler dans les cabines prévues pour deux personnes.

Sur les autres croisières, il vaut mieux avoir une idée de la navigation hauturière car nous pouvons passer trois jours sans voir la terre. Une connaissance de la voile aide mais n’est pas indispensable. La volonté de participer aux travaux du bord est essentielle. Tout le monde fait le quart et les manœuvres suivant ses possibilités.

Voilier Algol

Peux-tu nous décrire une journée type à bord d’un voilier ?

Si l’on prend l’exemple d’un voyage Norvège-Spitzberg, l’arrivée au mouillage a lieu la veille au soir dans la toute petite baie carrée de Ny London.

Le matin, après le petit déjeuner, c’est le débarquement en annexe en deux groupes. Je débarque toujours avec le premier groupe pour assurer la sécurité en cas de présence d’ours, armé d’un pistolet d’alarme et d’un fusil. Nous effectuons aussi un tour d’horizon aux jumelles.

Puis nous visitons le site de l’ancienne carrière de marbre, les machines à vapeur, les traces de l’ancienne voie ferrée, avant de redescendre vers la côte en faisant un grand tour vers l’ouest en espérant voir des rennes, nombreux sur cette île.

Nous ré-embarquons vers 13h et après un déjeuner simple, nous appareillons vers le fond du fjord pour contempler la façade de glace du glacier du Roi. Nous nous faufilons entre les icebergs et les plaques de glace. En été, les glaciers sont très actifs et vêlent un grand volume de glace.

Nous longeons ensuite la falaise aux oiseaux et nous nous dirigeons ver le glacier Blomstrandbreen, petit mais découpé et agréable à observer.

Enfin, nous mouillons au nord ou à l’est de Blomstrandhalvoya pour la nuit, même si le jour est permanent. Sur cette côte, il n’est pas rare de voir des rennes, des renards et parfois des ours. Après un bon dîner, il ne nous reste plus qu’à décider du programme du lendemain !

Voilier Algol

Une astuce pour gérer le mal de mer éventuel ?

Il ne faut pas le craindre. Le mal de mer n’est pas une maladie et c’est pour cela qu’il n’existe pas de remède qui convienne à tous. C’est simplement la réponse du cerveau à une situation d’équilibre qu’il juge anormale. On parle de l’oreille interne qui est le siège des informations sur l’équilibre. Seulement, le mal de mer est la manifestation d’un bon fonctionnement de l’oreille interne, et non un dysfonctionnement comme on pourrait le croire.

Les facteurs favorisant sont appelés les 3F : la faim, le froid, la fatigue. Il faut donc privilégier le confort. Dans les régions arctiques, il vaut mieux se réchauffer à l’intérieur et se coucher tout de suite.

Une bonne solution à l’apparition de premières nausées consiste à prendre une boisson gazeuse. Elle permet de lutter contre l’inconvénient le plus dangereux du mal de mer : la déshydratation. Mais il ne faut pas s’affoler : dans nos croisières, il n’y a aucun risque de déshydratation car les navigations sont de courte durée.

Croisière sur un voilier

 

Retrouvez toutes les croisières sur l’Algol de Grand Nord Grand Large