L’Islande, cette petite île au climat si impétueux, est une terre où le voyageur doit apprendre à s’adapter pour profiter de toute son essence. Préparer son sac fait partie de cette adaptation, toutefois entre les indispensables il ne faut pas hésiter à y glisser une petite curiosité !

  1. Un bon ciré ou une veste avec une membrane GORE-TEX®
  2. Un appareil photo car l’Islande est l’un des pays les plus photogéniques au monde ! On vous conseille un appareil solide, qui ne craint pas les changements de température rapide et surtout pas l’humidité. Ensuite à vous de choisir la marque et le modèle qui vous correspond.
  3. Des chaussures de randonnée permettant d’affronter tous les terrains : rocaille, sable volcanique, mousses plus ou moins épaisses, coulées de lave, etc.
  4. Un pantalon de pluie pour profiter au sec du beau temps entre deux intempéries
  5. Un livre : D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. Chronique familiale, Jón Kalman Stefánsson, Collection Du monde entier, Gallimard

Ari, ancien poète, rentre au pays après s’être exilé deux années à Copenhague pour fuir une vie qui s’enfonçait dans le chaos. Et c’est en fait vers son histoire et celle de ses ancêtres qu’il revient : Oddur, son grand-père, capitaine de bateau valeureux et admiré de tous ; Margrét, sa grand-mère, que d’aucuns déclarèrent folle alors qu’elle essayait simplement de trouver le bonheur ; sa mère, morte alors qu’il n’était qu’un petit garçon… Dans D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, Jón Kalman Stefánsson raconte 100 ans d’histoire islandaise en entremêlant celle de ces 3 générations. Il dessine le portrait d’une Islande âpre, sauvage, où il a lui-même grandi :

Keflavík,

« l’endroit le plus noir de l’Islande »

Le fjord de Norðfjörður,

« aussi bref ou presque qu’une vague hésitation, cerné par des montagnes d’un peu plus de mille mètres, certaines aux arêtes acérées comme des lames de rasoir et fendues de gorges qui sont autant de cris. »

Jamais les éléments n’ont paru aussi inhospitaliers :

« Le vent insistant semblait provenir de deux directions en même temps, les bourrasques salées, chargées de poussière et d’embruns, nous frappaient tour à tour, le ciel était si loin que nos prières ne l’atteignaient jamais et s’arrêtaient à mi-chemin avant de retomber comme des oiseaux défunts ou changées en grêle ».
« Le blizzard a hurlé dans les montagnes, hurlé à travers le rideau de neige lourde et compacte qu’il a taillé en pièces et jeté aux quatre vents, il était impossible de mettre le nez dehors, sauf pour se perdre, se retrouver enterré sous la neige et devenir le jouet de ces bourrasques qui beuglaient au-dessus des maisons, déchirant la surface des flots comme si quelque puissance, Dieu ou allez savoir quoi, voulait accomplir de noirs desseins ».
« Qu’un homme puisse traverser l’existence sans vouloir affronter l’océan, mesurer sa force à celle de la mer, se rencontrer lui-même face à des vagues noirâtres hautes comme des montagnes, perdu dans les hurlements des tempêtes, quand l’air expulse des rugissements comme s’il portait en son sein la fin du monde ou la fureur divine, et que le bateau, malgré toutes ses tonnes et la puissance de son moteur, n’est qu’une minable planche, que la vie n’est plus rien, eh bien, celui qui n’a pas connu ça ignore qui il est vraiment ».

Le rôle du poète dans cet univers brut, dépouillé, sublime ?

« Est-ce donc la raison pour laquelle nous vous apostrophons en vous racontant l’histoire de ces générations et en balayant cette centaine d’années […] afin que vous sachiez et que, de préférence, vous n’oubliiez jamais que tout le monde a un jour été jeune, afin que vous compreniez que tous autant que nous sommes, un jour viendra où nous brûlerons, consumés de passion, de bonheur, de joie, de justice, de désir, parce que c’est ce feu-là qui illumine la nuit, qui maintient à distance les loups de l’oubli, afin que vous n’oubliiez pas qu’il faut vivre et ressentir, que vous ne soyez pas transformés en un cadre sur un mur, un fauteuil dans un salon, un meuble devant une télévision, un objet qui regarde l’écran de l’ordinateur, inerte, afin que vous ne deveniez pas celui qui ne remarque rien ou presque, que vous ne somnoliez pas au point d’être la marionnette du pouvoir ou d’intérêts partisans, que vous ne deveniez pas quantité négligeable, anesthésiée, au mieux une petite goutte d’huile dans un mystérieux rouage. Brûlez, afin que le feu ne faiblisse pas, ni ne périsse, ne refroidisse, afin que le monde ne devienne pas un lieu froid : la face cachée de la lune. »

Au fait, pourquoi ce titre ?

« Cette idiote de gamine continue d’avancer, elle entre dans l’eau sans l’ombre d’une hésitation même si personne n’a réussi à marcher sur l’eau depuis que Jésus est grimpé sur un lac il y a deux mille ans, histoire d’impressionner quelques pêcheurs. Cette fille descend du rocher et plonge son pied droit dans la mer, le gauche suit une fraction de seconde plus tard. Le problème est que personne n’est capable de marcher sur la mer, c’est d’ailleurs pourquoi les poissons n’ont pas de pieds. »

© D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson - Islande