Au Spitzberg avec Erik Orsenna

Attention au départ ! C’est avec excitation que les passagers de la croisière Tour du Spitzberg et île Blanche embarquent pour 10 jours au pays des montagnes pointues, des glaciers et des ours polaires. Accompagnés d’un invité d’honneur, l’écrivain et académicien Erik Orsenna, ils nous font le récit, jour après jour, de leur odyssée.


 

La croisière au Spitzberg racontée par Erik Orsenna

« Sur ce bateau, nous sommes beaucoup à beaucoup voyager. La différence c’est l’approche. L’approche pour être plus proche sans déranger. Pour être plus proche en respectant. Mieux : pour participer sans qu’on nous remarque.

Pour réaliser ce vieux rêve de l’enfance, quitter ce jardin à grand bruit et revenir à pas de loup pour découvrir le jardin quand on n’est pas là. Cette approche là est rendue possible par l’équipage et par l’équipe du Plancius.

C’est l’approche des animaux, pour entrer dans leur royaume pour comprendre enfin leur logique. C’est l’approche des glaces qui sont aussi fragiles et vivantes que les animaux.

C’est l’approche des paysages qui sont tous sauf inertes, seulement ils ont des lenteurs qu’il faut apprendre à connaître. Je suis l’un de ceux, sur ce bateau, à avoir beaucoup beaucoup voyagé. Le mot qui me vient d’abord, encore et encore, pour l’équipage et l’équipe, c’est merci. Et me revient en tête le titre du livre de Nicolas Bouvier (qui est ma bible), « L’Usage du Monde ». Merci pour cette leçon d’usage du monde. »

Erik Orsenna


 

10 et 11 août 2017 : Le temps des adieux

Aujourd’hui est un grand jour, nous partons en ville. Une ville hors du commun, une ville chargée d’histoire, une ville de recherches et de sciences : Ny Alesund. Nous sommes à quai, c’est déjà un grand changement… Pas de bottes, pas de gilet de sauvetage, pas de zodiac. Nous sommes sur les lieux de la coopération internationale, comme il en existe peu sur Terre. Les bâtiments aux couleurs vives sont fermés, ce sont les scientifiques qui les occupent pour leurs activités d’études. Nous découvrons un musée passionnant, flânons dans la boutique de souvenirs et posons devant la statue de l’explorateur norvégien Amundsen.

Devant la statue d’Amundsen

 

De retour à bord, le bateau se déplace vers le fjord de la Croix où nous prévoyons de débarquer à Signehamna, un site historique qui nous permet une belle balade de fin de voyage. Chaque groupe de niveau part marcher à son rythme pour clore ce périple. L’ambiance est à l’émotion : chacun semble rêveur, pensif. D’une certaine manière chacun médite sur cette aventure, ces belles rencontres, ces sensations et la quiétude des lieux.

Signehamna, fjord de la Croix

 

Le voyage se termine, mais se termine bien. De retour à bord, Stéphane nous présente Paul Emile Victor et le Centre des Mondes Polaires venant d’ouvrir dans le Jura. Cela ne nous donne envie que d’une chose : prolonger ce rêve encore un petit peu… Puis le Commandant nous rejoint pour partager un verre et se dire au revoir. Nous le remercions de nous avoir menés à travers les glaces et les îles d’une main de maître. Le temps d’une dernière soirée animée, nos guides résument en images notre voyage… Ce fut définitivement une croisière inoubliable…

Un grand merci à toute l’équipe !

 


 

Mercredi 9 août 2017 : Un désert arctique où la nature est reine

Le Plancius est à présent ancré dans le Raudfjord (fjord rouge). Nous débarquons en bateaux pneumatiques dans la baie de Bruceneset, au nord d’Alice Hamna. Nous y trouvons une cabane de trappeurs utilisée par les chasseurs d’ours et de morses au début du XIXe siècle.

Puis, nous escaladons un dôme pierreux et observons la toundra. Dans ce désert arctique, le terrain est riche en pierres modifiées par l’action des gels et dégels. Un petit cours de géologie donné par l’un de nos guides complète notre sortie. Même dans ces contrées, il est possible aux végétaux de se développer. Saxifrages et saules rampants sont bien présents, pour le plus grand bonheur des rennes.

A notre retour sur le bateau, Erik Orsenna nous convie au grand salon pour une conférence sur le thème de la « Guerre des glaces ». Il nous explique comment la Russie a utilisé des stations scientifiques dérivantes pendant la Guerre Froide à des fins d’espionnage.

Dans l’après-midi, nous partons pour un balade en canot à la découverte de plusieurs glaciers.

(c) Gérard Bodineau

Promenade dans les glaces

 


 

Mardi 8 août 2017 : Au milieu de la banquise

Aujourd’hui, nous débarquons sur une île jamais visitée par nos guides et dont nous ignorons totalement le relief. Lorsque nous posons le pied sur l’île, nous nous sentons comme des explorateurs, sans certitude de ce que nous y trouverons. Le sol est recouvert de roche plus ou moins stable, ce qui rend la marche très difficile. Au bout d’une heure à crapahuter au milieu des rochers, nous atteignons enfin le sommet. Devant nous, un paysage à couper le souffle sur l’autre versant de l’île et sur un magnifique lac en contre-bas. Nous restons là sans dire mot face à cette nature qui nous surprend de jour en jour.

(c) Gérard Bodineau

Premiers pas sur l’île rocheuse

 

Les dieux semblent être avec nous, le temps est encore sublime cet après-midi. Ces bonnes conditions nous permettent de faire une sortie en canots pneumatiques au milieu de la banquise. En effet le navire est remonté vers le nord pour atteindre le 80e parallèle nord, le point le plus septentrional de notre expédition. Sur nos canots, le moment est féerique : nous nous frayons lentement un chemin parmi les glaces à mesure que la brume s’épaissit. Mis à part quelques phoques du Groenland avachis sur un morceau de banquise, la vie semble avoir déserté cette partie du monde. En remontant sur le bateau, nous avons la sensation d’avoir faire un voyage dans une autre dimension tellement nous étions à mille lieux de ce que nous connaissons.

(c) Gérard Bodineau

Voyage au pays des glaces


 

Lundi 7 août 2017 : Renard polaire et guillemots 

Ce jour, un débarquement est organisé à Torellneset, un site habituel de repos de morses. Nous sommes tous impatients de nous dégourdir les jambes après une journée entière passée sur le navire. Nous débarquons sur cette plage dans un semi-brouillard, donnant à cette balade une ambiance presque irréelle. Les premiers ont la chance d’observer notre premier renard polaire. Plus loin sur la plage, nous nous rapprochons d’une trentaine de morses et restons à bonne distance pour ne pas les effrayer.

(c) Gérard Bodineau

Première rencontre avec un renard polaire

 

Après une heure de marche, nous découvrons un point de vue à couper le souffle. La vallée en contrebas est inondée de soleil et finit sur un glacier. Nous descendons avec hâte pour poser le pied sur cette calotte de glace. Quelques rennes nous font l’honneur d’accompagner notre descente. Nous rentrons déjeuner, enchantés par cette randonnée.

(c) Gérard Bodineau

Randonnée sur la calotte glaciaire

 

Avant le départ vers les falaises de Alkefjellet, un guide nous explique les caractéristiques des guillemots afin de mieux profiter de notre sortie. Nous observons plusieurs milliers de ces oiseaux. Tour à tour, ils se reposent, s’envolent, pêchent ou se protègent de leurs prédateurs, notamment le goéland Bourgmestre. Les guillemots partagent leur habitat car à quelques endroits de la falaise nous remarquons des nids de mouettes Tridactyle. A l’extrémité de la falaise, là où une bande de terre est visible au pied de celle-ci, l’un de nous remarque un autre prédateur : le renard polaire, intéressé par les œufs et les petits qui ratent leur envol.

(c) Gérard Bodineau

Nids de guillemots sur les falaises de Alkefjellet

 


 

Dimanche 6 août 2017 : Conférence, ours et littérature

Ce matin, nous sommes littéralement dans le brouillard… Ainsi, le programme est ajusté : Marie, notre guide, nous présente une conférence sur l’ours polaire. Nous sommes captivés par les ressources de cet animal et ses incroyables capacités d’adaptation.

(c) Gérard Bodineau

Marie, biologiste, nous parle des ours polaires

 

Puis, lorsque le brouillard se dissipe, une annonce nous signale justement un ours arrivant droit sur nous. La visibilité est excellente et la bête à poil blanc est en train de nager à notre rencontre. Cette jeune oursonne est terriblement curieuse : elle s’approche jusqu’à 10 mètres de la coque du bateau. Nous sommes stupéfaits et chacun savoure en silence cette démonstration de la nature à l’état pur.

Après le déjeuner, nous sommes conviés à un récapitulatif donné par nos guides. Stéphane nous explique notamment l’inclinaison de la Terre et l’alternance jour/nuit au niveau des Pôles.

Pour terminer la journée, Erik Orsenna nous égaye de petites histoires sur La Fontaine. Un vrai moment de partage entre tous les passagers de cette fabuleuse expédition.

(c) Gérard Bodineau

Balade littéraire en compagnie d’Erik Orsenna

 


 

Samedi 5 août 2017 : Découverte de l’île Blanche

Notre voyage de nuit nous conduit du Détroit des hommes libres vers Kviteya, sur l’île Blanche. A 6h du matin, nous sommes réveillés par une annonce nous indiquant qu’un ours polaire a été repéré sur la banquise. A mesure que nous l’approchons, l’animal perçoit notre présence. Il se lève et parade, nous offrant un beau spectacle.

(c) Gérard Bodineau

Un spectacle hors du commun sur la banquise

 

Nous reprenons ensuite la navigation, puis Gérard, l’un de nos guides, tient une conférence sur la glace de mer. Nous apprenons tout sur les formations, les positions, les avancées et les différences entre calotte glaciaire et glacier. Alors que le bateau est juste ancré au large de l’île Blanche, un nouvel ours polaire s’approche du bateau à la nage. C’est lui qui à présent nous observe ! Nous admirons ses talents de nageur, lui qui arrive à parcourir des centaines de kilomètres sans difficulté…

(c) Gérard Bodineau

L’ours polaire, un nageur hors pair

 

Le soir venu, la neige a pointé le bout de son nez. Nous effectuons une sortie rafraîchissante et sportive en canaux pneumatiques. Nous accostons sur l’île Blanche à 22h45 pour voir de plus près sa belle calotte glaciaire et son glacier. Nous nous arrêtons également devant la stèle érigée en mémoire de l’expédition Andree conduite par 3 explorateurs suédois en 1897. Ils ne survivront que 3 mois sur la glace et seront retrouvés 33 ans plus tard, leurs carnets de voyage intacts et exploitables.


 

Vendredi 4 août 2017 : Rencontre avec l’ours polaire

En ce quatrième jour de navigation, nous avons pris nos marques sur le bateau. Le rituel du réveil par le chef d’expédition à 7h30 ne nous paraît même plus matinal ! A 9h, nous sommes prêts à embarquer pour la première sortie du jour. Bottes, pantalon imperméable, polaire, parka, gants et gilet de sauvetage enfilés, nous voilà parés pour affronter l’Arctique !

(c) Gérard Bodineau

Sortie en zodiac avec Erik Orsenna

 

Nous débarquons sur Dolerittneset, un site de dolérites et de toundra où l’on peut observer des rennes et des morses. Les montagnes laissent apparaître en contrebas une vallée dont le sol est recouvert d’un épais tapis d’herbes spongieuses où plusieurs espèces de fleurs cohabitent. Nous observons une dizaine de morses lovés sur le sable à côte d’une ancienne cabane de chasseurs Pomores, premiers colons du Svalbard originaires de la Russie. Puis nous tombons sur un magnifique renne et sommes surpris par son calme face à nos appareils photo qui le mitraillent. Au-dessus de nos têtes, des sternes arctiques voltigent régulièrement.

(c) Gérard Bodineau

Un magnifique renne à proximité

 

L’après-midi, notre programme est chamboulé en raison de la présence d’un ours polaire sur la côte. Nous organisons dans la plus grande excitation une sortie en canot pneumatique pour se rapprocher de lui. Retenant notre souffle devant le roi des animaux de l’Arctique, nous l’observons se tourner sur le dos et écarter les pattes comme pour s’étirer. Un moment magique qui ne pouvait qu’être trop court…

(c) Gérard Bodineau

L’ours polaire, seigneur des lieux


 

Jeudi 3 août 2017 : Une journée riche en émotions

Au réveil, la météo est exceptionnelle : « du jamais vu » nous dit-on ! Ce matin, nous sortons en bateau pneumatique pour explorer le front glaciaire de Brefollen au fond de la baie du Hornsund. Naviguer au milieu des glaces sous le soleil, observer des mouettes tridactyles et des sternes arctiques qui se posent tout près des embarcations est un moment formidable. En début d’après-midi, une baleine à bosse est signalée et nous la voyons brièvement mais nettement déployer sa queue en plongée.

(c) Gérard Bodineau

Une baleine observée à proximité du bateau

 

Plus tard, nous débarquons dans la baie de Treskelen au milieu des saxifrages (petites fleurs), des mousses, des lichens et des fossiles. A portée de vue, un groupe de bélugas longent la côte. Au retour, nous rencontrons une famille d’eiders avec des canetons ainsi qu’un guillemot et un macareux. Faune et flore : quelle escapade !

(c) Gérard Bodineau

Première randonnée

 

Dans la soirée, Erik Orsenna nous propose une conférence sur le thème des Routes Maritimes du monde, qui captive l’assemblée. Sa présentation met à l’honneur les grands explorateurs ayant ouvert les voies maritimes, de Christophe Colomb à Roald Amundsen. Il évoque à travers l’histoire de ces pionniers comment certaines grandes découvertes ont résulté d’erreurs de navigation.

De nouveau, les baleines sont repérées loin à bâbord grâce au souffle qu’elles dégagent. Le commandant décide alors de changer de cap pour se rapprocher de ce groupe de cétacés. Une heure durant, nous assistons à un véritable ballet de rorquals communs aux abords du bateau. Ce fut un moment d’autant plus magique que nous le devions à la grande flexibilité du commandant qui, nous l’apprendrons plus tard, est un amoureux de la nature désireux de nous en montrer les richesses.


 

Mercredi 2 août 2017 : Arrivée à Longyearbyen pour lever l’ancre

Après presque 3 heures de vol, nous apercevons enfin les côtes du Spitzberg. La chance est avec nous car l’approche aérienne de l’île est exceptionnelle. Puis, nous nous dirigeons vers le centre-ville de Longyearbyen où nous disposons de quelques heures pour flâner et goûter aux spécialités locales avant l’embarquement à 16h30.  Nous découvrons alors notre nouvelle maison pour ces prochains jours, le Plancius, un navire d’expédition plein de charme.

(c) Gérard Bodineau

Cocktail de bienvenue

 

Apres avoir pris possession de nos cabines et assisté au brief de sécurité, nous faisons connaissance avec l’équipe de guides qui accompagnera notre voyage. Ils nous feront notamment découvrir la faune qui compose cet archipel. Soudain, une nouvelle tombe : le chef d’expédition annonce qu’il est impossible de rejoindre l’île Blanche à cause de l’importance des glaces. Il enchaîne aussitôt avec un petit sourire : “impossible par le nord”, et précise que nous allons faire le tour dans l’autre sens afin de se donner une chance de rejoindre l’île par le sud. C’est à ce moment que nous réalisons que l’expédition commence vraiment !

(c) Gérard Bodineau

Brief de sécurité

 

Nous quittons l’Isfjord en début de soirée. La chance continue de nous sourire : nous apercevons à tribord du navire une quinzaine de bélugas qui nous accompagnent. Nous prenons cela comme un signe de chance pour la suite du voyage.

(c) Gérard Bodineau

Un béluga près du Plancius


 

Mardi 1er août 2017 : Le grand départ !

Ce jour marque le début du mois, mais aussi et surtout le début de notre aventure en Arctique ! Nous avons tous rendez-vous à l’aéroport de Roissy pour prendre le vol à destination d’Oslo, première étape de notre aventure. A l’atterrissage, nous filons vers le centre-ville pour reprendre un peu d’énergie autour d’un repas aux couleurs norvégiennes.

Nous continuons la soirée par la visite du très célèbre musée du Fram, situé sur la presqu’île de  Bygdov. Le musée abrite notamment le navire Fram, utilisé pour les expéditions d’Otto Sverdrup et Roald Amundsen. Un film retrace l’épopée d’Amundsen et Nansen. Notre guide nous conduit ensuite dans les entrailles de ce bateau chargé d’histoire. Cette visite est d’autant plus exceptionnelle que le musée a été entièrement privatisé pour nous. En arpentant les différents ponts, nous nous imaginons presque faire partie de l’équipage et prenons conscience du quotidien difficile de ces hommes d’exception. Nous quittons le musée avec des étoiles dans les yeux, et avec la sensation que nous allons, nous aussi, vivre une belle aventure sur les traces de ces grands explorateurs dont nous venons de découvrir les exploits. 

 

Voir le détail du voyage Tour du Spitzberg et île Blanche