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blog de glace

Le blog de GNGL, 30 ans d'aventure polaires

Spécial 30ans : souvenirs, souvenirs

11mai. 2012

Un heureux hasard

1-Heureux Hasard
C’ est le hasard qui m’a permis à 40 ans de réaliser mon rêve : découvrir l’Arctique, flirter avec les icebergs, et rencontrer les inuit !
En visite au salon nautique à Paris en 1989 avec mon club de kayak, je m’arrête devant un stand où de superbes photos me laissent en extase, et je verbalise ma pensée : « -c’est mon rêve d’aller pagayer au milieu des icebergs ! ». Derrière moi, une voix me répond : « -Mais c’est quand tu veux Annick ! Viens donc  accompagner nos rando-kayak » ??? Quelle surprise ! C’est Jean Luc Albouy, avec qui je pratiquais régulièrement la spéléo en Normandie dans les années 1970.
Par la suite, j’avais opté pour un autre sport de plein air : le kayak, et j’encadrais pour le comité départemental des randonnées itinérantes le long des côtes françaises. S’étant lui aussi mis à la pratique du kayak, Jean Luc connaissait mon parcours à travers les articles que j’écrivais dans la revue Canoë Kayak Magazine. Cela faisait une quinzaine d’années que je n’avais pas entendu la voix bien particulière de Jean Luc, et je découvre qu’il a créé une association G.N.G.L. qui propose des séjours kayak en Arctique…
L’ idée fait son chemin…Jean Luc cherche des accompagnateurs…je participe à 8 jours de stage en Bretagne qu’il organise entre Noël et la nouvelle année…je découvre le « nautiraid » que je trouve très stable et maniable malgré ses dimensions. J’hésite toujours entre l’envie de naviguer dans l’ Arctique et la responsabilité que représente un tel accompagnement. Et, il y a encore une étape à franchir : apprendre à me servir d’un fusil et à tirer avec du gros calibre…car, si l’ours blanc est protégé, il faut aussi se protéger de lui en cas de nécessité.
Eté 1990, je pars au Spitzberg pour encadrer deux séjours de 15 jours chacun. Ce sera « cool » m’affirme Jean Luc. Tu seras dans le fjord de Longyearbyen, protégé des vents et à cette période de l’année les ours sont remontés vers le nord…….Troisième soir, au bivouac, je discute du fusil avec les clients… nous improvisons une cible…je me cale, regarde dans le viseur… J’ hallucine ! ? Je vois un ours derrière la cible ! Au même moment une personne du groupe crie «  c’est quoi la masse blanche qui a plongé dans l’eau ? »…et les autres en chœur lui répondent « un ours » ! Entre émerveillement et inquiétude, je veille toute la nuit, mais il ne reviendra pas…pas cette nuit…mais trois nuits plus tard, nous l’observons nager dans le fjord, débarquer près de nos kayaks, faire des allées et venues sur la plage et s’en aller…
Rencontrer le Seigneur de l’ Arctique était peu probable, mais cela s’est produit ! Les imprévus dans les régions polaires sont souvent d’actualité, et le Spitzberg m’en a offerts de nombreux lors des 11 séjours que j’y ai effectués par la suite.
Merci à Jean Luc et à GNGL de m’avoir fait confiance , et permis de découvrir des régions fabuleuses !

2- moments magiques
En 1995 j’accompagne un raid kayak au nord du Spitzberg, un mois d’itinérance en autonomie totale. Ce jour là, nous longeons le nord de la côte ouest, le vent s’est levé, la mer est houleuse. Nous approchons d’un fjord où nous comptons nous abriter. Vent de face, dans le premier kayak, je pagaie tête baissée ; dans les autres embarcations, la fatigue commence à se faire sentir. Au moment de virer pour entrer dans le fjord, les 3 autres kayaks me doublent (ils avaient retrouvés des forces !?!? ) et leurs occupants hurlent, mais leurs cris sont emportés par le vent. L’eau est plus calme, nous débarquons et ils m’expliquent leur panique : à l’instant où je pénétrai dans le fjord, un ours en sortait à la nage…entre 3 et 5 mètres de l’avant de mon kayak, l’ours s’est redressé, hissant sa tête hors de l’eau, puis s’est écarté nous laissant le passage en nous regardant, et s’est éloigné. Le vent contraire n’avait pas porté notre odeur jusqu’à ses narines et sans doute fut-il surpris ! Le plus désolant, c’est que têtes baissées dans un ultime effort, mon coéquipier et moi, nous n’avons rien vu ! Mais l’excitation des autres et leurs explications de la scène restent un souvenir très fort.


Des moments magiques dans l’Arctique, j’en ai vécu beaucoup, comme celui d’un crépuscule tout rose où nous naviguions. Cette nuit là, malgré mes efforts pour appuyer sur la pédale de commande du gouvernail, il refusait de bouger. Je tire sur la cordelette pour le relever et je sens une résistance. Il est sans doute bloqué ! Et soudain, les pédales bougent seules ??? Un gros phoque barbu s’amusait avec le safran, jouait avec les reflets argentés de cette pièce métallique et la maintenait dans sa gueule. Puis passant de kayak en kayak, il émergeait sa tête nous regardant de ses yeux ronds et semblant sourire dans ses vibrisses. Avait-il trouvé dans nos « nautiraids » rouges un nouveau compagnon de jeu ? Et qui observait le plus l’autre ?

3- bélougas
Toujours au Spitzberg, dans la Baie de la Croix, notre groupe de six kayaks fut le centre d’intérêt d’un troupeau de bélugas. Nous avions vu leurs dos ronds et blancs venir dans notre direction. Pour plus de sûreté, j’avais fait mettre les kayaks côte à côte , les pagaies posées en travers, faisant ainsi un radeau qui augmentait notre stabilité. Nous furent entourés par les cétacés, nous avons évalué leur nombre à une vingtaine. Curieux, ils nous fixaient de leurs yeux globuleux, s’approchaient au plus près de nos embarcations mais sans y toucher. Incroyable cette proximité ! Les bélugas se mouvaient tout en douceur et nous aussi nous évitions tout geste brusque pour ne pas les effrayer. Peu à peu la confiance s’est installée, nous avons abandonné la position « radeau ». Ce fut une demi-heure d’observation et de pur bonheur ! Puis il fallut rompre le charme…doucement, un à un, nous avons remis les pagaies dans l’eau et avons quitté cette scène féerique. Personne ne parlait dans le groupe, chacun prolongeait dans ses pensées ce moment intense que nous avions partagé avec ces baleines blanches.

4- narval
Je suis allée plusieurs fois au Nunavut et j’ai rencontré Pauloosie, inuk de 70 ans environ, fier de revivre avec nous la vie de ses aïeux. Alors qu’il m’accompagnait pour l’encadrement d’un groupe en cabotage, les hommes de son village traquaient un troupeau de narvals qui passait au large. La vie communautaire est très forte au Nunavut, les chasseurs ont tué un narval pour Pauloosie. Avec son bateau nous allons sur les lieux de la chasse. Un narval flotte, attaché à une bouée. Pauloosie le remorque sur la plage et entreprend tout un rituel. Ce n’est plus pour nous qu’il agit. Il vit sa tradition et exécute des gestes ancestraux. Il danse avec respect autour du cétacé et chante avec des sons gutturaux tout en aiguisant un long couteau. Nous n’existons plus pour lui, il est ailleurs, avec ses ancêtres. Puis d’un geste très précis, il entame la peau du narval, en découpe une large plaque laissant 1 à 2 cm de graisse. Ce morceau, il va le faire bouillir sur son bateau (nous goutterons plus tard ce met exquis des inuit, le « matak »). Il revient avec deux couteaux, m’en donne un, et avec beaucoup de mimiques faciales dont il possédait l’art, il m’invite à dépecer une partie du narval avec lui. C’est un véritable honneur ! Dans le froid, les manches relevées, je taille dans la graisse pour accéder à la chair. Mes mains, mes avant-bras luisent de graisse et ma peau est devenue très douce… mais je sens fort ! La scène pourrait paraître surréaliste, mais ici cela fait partie du quotidien.
Depuis ce jour là, les inuit de Quikitarjuaq m’ont appelée Annickissa.

 

25avr. 2012

Quiproquo

L’histoire se passe il y a quelques années, à une époque où le plan Vigipirate est à son niveau d’alerte le plus élevé. Nous sommes en plein préparatif d’une expé au Spitzberg, que j’organise entre amis…

Chacun des membres de l’expédition prend la responsabilité d’une partie de l’organisation. Un dossier doit être envoyé au gouverneur avant notre départ incluant toute la liste de matériel de sécurité obligatoire (assurance, alarme à ours, fusil, fusée…). Bruno se charge donc d’obtenir un fusil pour se prémunir des ours, comme indiqué sur la liste, et se propose aussi de faire des essais. Mais voilà, cinq jours avant le départ, Bruno m’informe qu’il n’a pas le fusil. Panique, car sans fusil, l’expé tombe à l’eau…. et si au Spitzberg, c’est presque anormal de ne pas avoir son fusil, c’est plutôt l’inverse en France, où il devient extrêmement difficile de se procurer une arme de gros calibre

À la dernière minute, j’en trouve une, et toute contente, je téléphone à Bruno. Un des enfants me répond. Je lui demande à parler à son papa, en me présentant par mon nom complet. Son père prend le combiné et m’écoute sans dire un mot. Dans l’excitation, je lui explique : « J’ai trouvé un fusil, sur les papiers il est marqué arme de guerre, tout est en règle, c’est tout à fait ce que dont nous avons besoin. Nous avons 24 balles cela devrait être suffisant. » Après avoir donné toutes les infos sur le fusil et les balles, la personne au bout du fil, me dit : « Vous voulez parler à qui ? Je crois que vous faites erreur ! » Grand blanc au téléphone. Je sens pâlir mon visage et je raccroche brusquement.

Que vais-je devenir ? Je ne dors pas de la nuit. La police va-t-elle venir chez moi ? Quelqu’un d’autre ? Que faire du fusil ? Encore trois jours d’attente avant le départ. Je cache le fusil en pièces détachées à la cave. Vais-je retrouver mon appartement retourné dans tous les sens lors de mon absence ? Vous n’imaginez pas la peur durant ces trois jours !

Aujourd’hui, je me pose encore la question, j’essaye de me mettre à la place de la personne qui a reçu cet appel téléphonique. A-t-il vraiment pensé à une erreur de numéro de téléphone, à un gag, à la préparation d’un casse… ou d’un acte de terrorisme  ? Dommage que je ne sois pas une petite souris, j’aurais vraiment bien voulu voir sa tête !

Paule Arnal

25avr. 2012

Paule Arnal

Paule Arnal

Paule Arnal, (dite Polar’nal) « Petite, j’ai eu la chance de passer mes vacances d’été au bord de la mer. Le grand air, l’océan, le bruit des vagues, très vite une attirance pour l’eau se fait sentir, une impression de liberté à travers ce grand espace. »
Premières croisières hauturières, puis le kayak se révèle pratique dans les pays lointains. Un premier périple au Groenland en 1996, la Terre de Baffin, d’Artic Bay à Pond Inlet, en 1997, l’Alaska, le Spizbzerg…, et le Groenland (Upernavik) en 2011, le tout en autonomie complète.
« L’hiver, le ski alpin prend la relève. La piste a vite trouvé ses limites. Désormais, seuls les grandes étendues et le calme m’apportent satisfaction, et m’offrent une vraie bouffée d’oxygène ! De nombreux week-ends de ski de randonnée s’enchaînent, mais le poids du sac se fait de plus en plus pesant, et le traîneau devient indispensable pour parcourir les vastes étendues blanches. Destination le Sarek en 1997, le Spitzberg, la Terre de Baffin, le Groenland… Le kayak alterne avec le ski nordique au gré des saisons et de la longueur des vacances. Ils représentent deux moyens complémentaires pour découvrir les grandes étendues de l’Arctique. Ces dernières années, j’ai alterné expéditions personnelles et encadrement pour Grand Nord Grand Large (Groenland, Turquie, Spitzberg…). L’accueil chaleureux de ces régions, la magie de la glace, la lumière splendide, font qu’on y retourne encore et encore, quelle que soit la saison. C’est comme un virus ! »

13avr. 2012

Le kayak au Groenland

Parce que les porteurs n’existent pas dans les régions polaires, dès 1986, nous proposons de randonner en kayak : à l’époque, nous ne sommes que deux agences de voyages dans le monde (l’autre est à Vancouver) à proposer ce type d’activité qui nous permet d’être totalement autonomes tout en évitant les portages…

Le contexte :

Août 1985, c’est le troisième été que nous passons au Groenland à découvrir de nouveaux sites et itinéraires. Enthousiastes, voulant toujours aller plus loin… mais avec jusqu’à trois semaines d’autonomie, nous avons beau faire parfois des « huit » pour diminuer la charge, nous devons nous rendre à l’évidence : la rando à pied en autonomie a atteint ses limites !

La rando à pied en autonomie a atteint ses limites

Que faire ? Demander à des Groenlandais de nous servir de porteurs ? D’une part ce n’est pas dans leur mentalité, et d’autre part, en admettant que nous en trouvions qui acceptent, un Groenlandais ne se paye pas avec une poignée de roupies : à la louche, il faut le payer le même prix que ce qu’il gagnerait dans une journée de pêche… et le problème, c’est que du poisson il y en a beaucoup au Groenland… et il n’est pas bradé !

Nous en sommes là, quand un soir, nous voyons passer dans le fjord, un couple dans un kayak biplace : manifestement ils ont toute leur autonomie avec eux !

La clé de l’énigme

« Bon sang, mais c’est bien sûr ! L’an prochain, c’est en kayak que nous randonnerons au Groenland ! »

Petite précision, nous n’avons alors, aucune, mais alors aucune expérience de la mer !

Retour à la réalité

De retour en France, il nous faut…

trouver des kayaks ; ce seront des Nautiraid, composés d’une armature bois, avec une peau en néoprène et nylon que l’on tend dessus, ils sont démontables et donc transportables en avion et passeront dans la même saison, du Groenland au Spitzberg, de l’Alaska au Canada

Les kayaks, transportables en avion et passeront dans la même saison, du Groenland au Spitzberg, de l’Alaska au Canada…

- trouver des partenaires : Terdav, séduit par le projet nous garde une place de choix dans sa brochure

- devenir des spécialistes du kayak de mer dans les neufs mois qui viennent ; pour cela nous rencontrons un certain Jacques Dalet :  homme solitaire, il est (entre autre) conseiller au près des nageurs de combat de la marine nationale… et a à son actif plusieurs expés en solitaire au Groenland et en Alaska

Premiers raids et entraînements

Tout l’hiver l’entraînement est intensif, tous nos week-ends, nous les passons en Bretagne quelle que soit la météo, nous réfugiant dans les embouchures de rivières  lorsque c’est trop difficile ; bientôt le kayak, la mer, les côtes bretonnes, n’ont plus de secrets pour nous… pour le Groenland, ça sera dès le mois de juin suivant. Jacques (qui deviendra Bill) guidera les groupes… le Groenland n’a plus qu’à bien se tenir !!!

Première saison et nouveaux circuits

Spitzberg - La baie du Roi

 

Groenland - la baie de Disko                       Alaska

C’est un franc succès, la formule plait, l’année suivante, nous ouvrons le Spitzberg avec « La baie du Roi » ainsi que l’expé « Au-delà de 80ème » (à l’époque, il est encore possible de survoler le Spitzberg en hélico), l’Alaska (« Prince William Sound »), « Le Saint-Laurent » au Canada… la baie de Disko

En trois saisons, c’est une véritable explosion, les kayaks transitent dans les avions au grand mépris des surcoûts des excédents de bagages, que les compagnies, dans un excès de zèle, n’ont pas encore songé à surtaxer ; c’est ainsi que vont s’ouvrir « Glacier Bay », la Kobuk River (une expé de cinq semaines) en Alaska, la côte est de la Terre de Baffin, l’île de Bathurst et Devon dans le nord du Nunavut, Thulé (tout au nord du Groenland via un avion affrété depuis Resolute)…

Pour rentabiliser notre « flotte » qui ne tarde pas à atteindre les 70 kayaks, nous devons la faire tourner toute l’année et par conséquent dans les mers chaudes.

C’est ainsi que Grand Nord devient Grand Nord Grand Large, et à nos destinations arctiques, nous ajoutons à notre palette, le tour de Corse, les îles Ioniennes en Grèce, la côte de Lycie en Turquie….

Grèce - les îles Ioniennes

Emotions

Californie mexicaine

Sur bien des destinations, nous sommes les premiers à venir découvrir le pays à bord de nos kayaks… ce qui nous vaut quelques anecdotes parfois cocasses, tels ces Mexicains qui ne veulent pas que nous approchions les baleines en kayak, sous prétexte qu’elles risqueraient d’être effrayées mais qui acceptent de nous y conduire à bord de leur lanchas (barques à moteur), beaux joueurs nous acceptons, ce qui nous vaut de superbes contacts biens « latino » ; tels ces Thaïlandais dans la baie de Pang Gna qui ne comprennent pas pourquoi, mais alors vraiment pas pourquoi, nous ne fixons pas un moteur sur nos kayaks et qui veulent absolument nous en équiper ;

Thaïlande - baie de Pang Gna

tels ces militaires vietnamiens (nous sommes encore alors en plein régime communiste) qui, dans la baie d’Halong, nous escortent (ils sont deux et nous devons leur fournir un kayak) la kalachnikov en bandoulière, craignant que nous nous fassions attaquer par des pirates et qui le soir venu, pour se faire « trois sous »d’argent de poche, se transforment en cuisiniers émérites ! Que d’émotions également lorsque (toujours dans la baie d’Halong, nous rencontrons sur une très frêle embarcation sur laquelle ils ont tout ce qu’ils possèdent, un très vieux couple parlant encore un français issu de la période indochinoise… Il y en a encore beaucoup d’autres…

Iles Maldives

Nicole et Jean-Luc Albouy

05avr. 2012

Christian Roux : Renaissance… et naissance d’une passion pour l’Arctique

Lorsqu’en 1991, au terme d’une longue convalescence après un accident de montagne je cherchais à renouer avec les séjours sportifs, je cherchais une activité et une organisation capable de m’y aider. C’est dans un catalogue d’un magasin de sports que j’ai trouvé les voyages de GNGL. Un contact avec Jean-Luc et me voilà inscrit sur un séjour Kayak au Spitzberg en compagnie de mon fils.

Ce fut le premier d’une série de voyages qui nous mena ensuite au Groenland, en Alaska, en terre de Baffin et dans le territoire du Yukon, sans oublier une reconnaissance mémorable dans la baie d’Hudson avec Jean-Luc, Nicole et quelques autres. Le début d’une passion pour l’Arctique, une renaissance mais aussi l’acquisition de l’expérience qui allait me permettre par la suite pas mal de belles et longues expériences en solitaire en Alaska et dans le Yukon, entre autres. Merci Jean-Luc et Grand Nord d’avoir rendu tout cela possible.

Christian Roux – www.cgrizz.com

voir la bio de Christian Roux

04fév. 2012

Nos 30ans d’aventures polaires

1982 : prenez beaucoup de rigueur, une bonne dose d’inconscience, deux doigts d’insouciance et plein d’originalité… mélangez le tout au froid, voilà Grand Nord.
« Tu devrais aller faire un tour au Groenland, dans le sud c’est vachement bien pour la rando, et puis c’est libre, aucune contrainte, pas de serpents, pas d’orages, et personne pour te dire là où tu ne dois pas mettre les pieds ! »

C’est un collègue, qui, connaissant notre aversion pour la foudre et les serpents, nous a mis le pied à l’étrier. Anciens fanas de spéléologie, nous cherchions une activité nouvelle. Je décide alors de mettre une petite annonce dans le magasin de sport où je travaillais : recherche équipiers pour partir au Groenland. Trois mois plus tard, nous voici à la tête d’une équipe de 10 personnes prête pour l’expédition Groenland ; l’association Grand Nord était née !

Grand Nord deviendra Grand Nord Grand Large trois ans plus tard, lorsque nous commencerons à proposer des randos en kayak en été dans les régions polaires, et dans les mers chaudes le reste de l’année.

2012 : trente ans plus tard, Grand Nord Grand Large, est devenue LA référence, en matière de voyages polaires. Cela n’est pas un hasard. Nous sommes des passionnés, des spécialistes et des connaisseurs du terrain, ayant une bonne connaissance des mondes polaires et sachant vous conseiller LE voyage, qu’il soit d’une vie ou de simples vacances.

Jean-Luc Albouy, fondateur de Grand Nord Grand Large

03fév. 2012

Une bouteille à la mer

Mars 1992, cela fait un peu plus d’un an que le régime soviétique s’est effondré ; un matin je reçois une lettre manuscrite en provenance de Magadan : « Notre institut ornithologique ne reçoit plus aucun paiement du gouvernement, pour continuer à financer nos recherches, nous sommes prêts à accueillir des touristes… aidez-nous, vous ne le regretterez pas !… »
Et effectivement nous ne l’avons pas regretté : deux semaines plus tard, nous prenions l’avion pour Magadan, lieu dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à cette fameuse lettre…
Premier choc, l’embarquement (il faut préciser qu’à l’époque, pratiquement aucun Occidental ne pouvait y aller librement ; si le système soviétique s’est effondré, les habitudes, elles, sont bien ancrées) ; à Moscou, nous nous retrouvons seuls Occidentaux, dans un aéroport sans indications, où tout paraît secret. Sur le tarmac, nous errons parmi une bonne centaine d’Antonov et d’Iliouchine alignés « au cordeau » sur quatre rangées, avant de retrouver notre avion. Durant les onze heures de vol qui s’ensuivent, le personnel de bord ne distribue qu’une petite tasse de thé, les Russes, eux, prennent l’avion comme nous le train dans les années 1950, déballant de grosses valises leurs victuailles… Nous, en bons habitués des vols occidentaux nous n’avons rien prévu, mais notre voisin de siège sort de son sac une grosse miche de pain et un énorme bocal de caviar rouge…

Après ces deux semaines de repérage, l’été suivant nous serons les premiers Occidentaux (et probablement toujours les seuls à l’heure actuelle), à descendre la Kolyma en kayak sur près de 1500km. Ce fleuve fut rendu célèbre par ses goulags, situés tout au long de son parcours qui traverse la Sibérie extrême-orientale pratiquement depuis la mer d’Okhost, au sud jusqu’à l’océan Arctique. Très peu de gens sur ce parcours, mais lorsque nous en rencontrons, quelles rencontres inoubliables et incroyables !!!

- Ainsi cette mamie, ancienne apparatchik du parti, qui est, visiblement venue se perdre ici pour se faire oublier, débarquant un soir dans notre camp, un fusil en bandoulière et l’autre sous le bras, une bouteille de vodka dans chacune des deux poches de son pantalon, avec dans la main, un énorme bout de lard gras…- qu’ils étaient bons, ce lard et cette vodka…- vingt ans plus tard, lorsque nous revoyons des participants, ils nous en reparlent encore !

- Ainsi ces militaires-pompiers, chargés de surveiller les éventuels feux de forêt, que nous croisons au détour d’un méandre et qui nous embarquent pour un tour d’hélico où, pour nous faire comprendre comment se conduit un hélico, n’hésitent pas à mettre, en plein vol, l’un d’entre nous aux commandes…

- Ainsi cette falaise, en plein dégel du permafrost, regorgeant d’ossements de mammouths où il n’y a même pas à se baisser pour les ramasser…, seul le poids et l’encombrement nous empêchent de nous charger !

- Ainsi la découverte de ce goulag, où tout semblait figé, comme s’il avait été abandonné juste avant notre arrivée, que d’émotions en arpentant le camp !

- Ainsi cette proposition d’aller pêcher le saumon, où en bons Occidentaux, nous nous pointons avec nos « petits lancers » et où, arrivés au bord de la rivière qui fait bien dix mètres de large, nous découvrons que les saumons qui remontent sont tellement nombreux que l’on pourrait traverser à pieds secs la rivière en leur marchant dessus !

Que de souvenirs de ce « Far East », probablement comparable au Far West dans les années 1920 !

Avec l’Institut de Magadan, nous ferons d’autres voyages à peine croyables…

Le printemps suivant, nous affrétons un Antonov 74 au départ de Moscou ; un biréacteur d’une trentaine de places rien que pour nous, pour aller dans la région de Chersky, sur le delta de la Kolyma. Là, nous restons deux semaines dans un camp Tchoutche, partageant le mode de vie des autochtones, nous déplaçant avec le troupeau. Comme eux, nous mangeons toutes les trois heures du renne rien que du renne, à toutes les sauces, rien d’autre ; un jour pourtant, une des participantes se réjouit : « regarde ces grosses nouilles farcies aux épinards, tu vois bien qu’ils ont autre chose que du renne ! » mais les nouilles aux épinards sont en fait des intestins de renne, avec encore le lichen dans les boyaux !

Jean-Luc et Nicole Albouy

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03fév. 2012

Rencontre extraordinaire

1989 : Voilà plus d’un mois que nous crapahutons dans la région de Pond Inlet tout au nord de la Terre de Baffin ; plus qu’un groupe et ça sera le retour vers l’Europe. Problème : ce groupe souhaite voir de la glace, beaucoup de glace, ils voulaient monter très au nord pour être sûrs que « ça sera vraiment polaire… » or, de la glace, en cette fin août, Pond en est complètement dépourvu, pas le moindre glaçon, pour un peu on se croirait en Bretagne ! Nous décidons de redescendre plus au sud, dans la région de Broughton Island (à l’époque cette communauté n’a pas encore repris son nom ancestral, Qiqitarjuak), où la configuration de la côte fait une poche retenant toujours la glace.

En fait de la glace à Broughton il y en a encore beaucoup trop, pas question de sortir la moindre embarcation, mais le wildlife officer est optimiste : « Maybe tomorrow ! En attendant vous pouvez allez voir Ataata (mon père), il a un bateau ». C’est ainsi qu’ont commencé quinze années d’une collaboration sans faille. Pauloosie, ce petit homme râblé au visage toujours souriant, père de onze enfants, chasseur, sculpteur, pasteur, conteur, a tout de suite su nous faire découvrir sa culture et nous transmettre la passion qu’il avait pour son pays.

Il était né dans un igloo dans les années 1930, avait tué son premier ours avant l’âge de quinze ans, avait connu l’arrivée des premiers Qallunaq en avion, avait vécu la délocalisation forcée dans les années 1950 et vivait présentement maintenant dans une maison avec tout le confort nécessaire. Avec lui ce sont des centaines de personnes qui découvrirent sa culture et son pays, avec lui nous avons fait les 400 coups, l’hiver en traîneau : renouant avec le passé nous fûmes les premiers Qallunaq à rallier les communautés voisines (distantes de 250 et 500 km !) ; l’été en cabotage, découvrant les ours et les baleines. Invité une année en France, c’est avec kamiks et anorak inuit, qu’il débarqua à Roissy. Pauloosie nous a quitté en 2004, emportant avec lui toute une partie de sa culture.

Jean-Luc et Nicole Albouy

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01fév. 2012

Leur premiers pas à l’agence : Marie Foucard, responsable Croisières

En épousant un navigateur, le vagabondage nautique s’imposait de lui-même. Nos premières navigations nous ont conduit en Scandinavie et au Canada, puis nous avons rapidement mis le cap sur l’hémisphère Sud, la Patagonie, la Terre de Feu et l’Antarctique. Notre premier séjour de 2 mois en péninsule a été déterminant. En famille, avec notre fils de 5 ans, nous avons parcouru les canaux, les baies, en prenant le temps, en découvrant le monde extraordinaire, mais aussi difficile, impitoyable, des régions glacées. Complètement séduits par la région au Grand Sud nous avons décidé de nous installer en permanence à Ushuaia, devenir « résidents argentins » pour proposer des navigations à la voile au cap Horn, en péninsule et en Géorgie. Au début, les voyagistes nous ont pris un peu pour des fous mais Grand Nord Grand Large a voulu tenter l’expérience. Les premiers clients sont rentrés émerveillés, les séjours se sont un peu banalisés, et les programmes se sont enchainés d’année en année.

J’ai quitté le pays des manchots en mars 1996, pour venir tout naturellement poser mon sac chez « Grand Nord Grand Large » et proposer à Jean-Luc Albouy de développer l’activité « Croisière », avec des navigations sous d’autres latitudes polaires, une brochure spécialisée  » Maritime » !

31jan. 2012

Leurs premiers pas à l’agence : Dominique Albouy, responsable des voyages en Terre Polaire

Au moment où j’ai connu l’association de mon grand frère Jean-Luc j’avais déjà fait quelques voyages : îles Ioniennes en Grèce, les Maldives, une reconnaissance en Californie mexicaine, des week-ends en France… Puis grâce à Jean-Luc j’ai découvert les voyages de Grand Nord avec notamment de très belles randonnées en Kayak dans les mers chaudes. Et puis, un jour j’ai eu un déclic et je lui ai dit : « un jour si tu as besoin de quelqu’un, je suis là ! ». Ce jour arriva ! J’étais juste enceinte de 7 mois, mais qu’à cela ne tienne, je lui réponds : « attends-moi, j’accouche et j’arrive… » Je savais que c’était pour moi une chance unique, et le 2 Juillet 1990, j’arrivais à l’agence. On était 2 et demi (le demi c’était le comptable), et le 5 juillet, Jean-Luc partait avec un groupe en Terre de Baffin pour 6 semaines.
Ce premier été fut mémorable pour moi, la grande aventure commençait !