25avr. 2012
Crash à Resolute
7:34 - Par Grand Nord Grand Large - Chroniques arctiques - Laisser un commentaire

Cape Dorset, dimanche, 15h – Susan revient sans son amie qu’elle devait récupérer à l’avion de 14h45 : black-out total, plus aucun avion ne décolle, le 737 de la First Air s’est « abîmé » à l’atterrissage sur Resolute, mais ils n’en ont pas dit plus à l’aéroport. On allume la télé : c’est presque en boucle que CBC (2), ), passe des photos de l’accident , la trace d’un impact sur le sol minéral et des centaines de morceaux déchiquetés, c’est tout ce qui reste du 737 de la First Air ; et pourtant, bientôt on apprend que sur les quinze personnes que transportait l’avion, trois ont survécu, plus incroyable encore, lorsque les premiers sauveteurs sont arrivés, deux des rescapés marchaient, hagards, au milieu des débris !

Nous logeons dans l’appartement de Susan ; c’est dans l’aéroport, alors que nous nous mettions en quête d’un endroit pour dormir, que Susan est venue au devant de nous.
- Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?…
- J’organise une « party » demain soir, si vous voulez bien nous faire le plaisir de vous joindre à nous, je suis responsable de l’infirmerie de Cape Dorset, ma maison est facile à trouver, j’habite à l’infirmerie !(3)

- Oui mais nous c’est dès ce soir que l’on cherche un endroit pour dormir !
- Ok, no problem, je vous emmène dans ma voiture !
Tout l’après-midi ce ne sont que des va-et-vient pour commenter le crash : Susan connaît bien sûr ses collègues de Resolute Bay, elles sont en premières lignes pour les secours ; chaque communauté est distante de plusieurs centaines de kilomètres, mais tout le monde se connaît, tous ont un ami, un parent qui était dans l’avion.
Deux jours plus tard, nous sommes à l’aéroport : direction Coral Harbour (4) ; pour y aller, un avion de la First Air, bien moins sophistiqué qu’un 737, qui devra se poser « à vue », si la météo le permet !
Pas la peine de vous faire un dessin, quand il décolle, on entendrait une mouche voler dans l’avion… enfin, presque, car le bruit des moteurs ronflant à pleine puissance recouvre tout !
(2)- Grâce au câble (Iqaluit) et aux satellites, toutes les chaînes du “sud” arrivent au Nunavut :
- CBC, TV5 Monde… arrivent dans beaucoup de foyers : les « realities shows » et les grandes séries américaines, n’ont plus de secret pour les Inuit. Toutes ces chaînes déversent un flot continu de pubs et de sollicitations, totalement inaccessibles à beaucoup d’Inuit bien isolés dans les communautés. Quelles peuvent en être les influences ? La réponse est difficile, mais pas sans conséquences.
- IBC. (Inuit Broadcasting Corporation) émet en inuktitut depuis Iqaluit, tandis que TVNC (Télévision Northern Canada) et APTN (Aboriginal Peoples Télévision Network) sont deux chaînes nationales qui s’adressent plus particulièrement aux autochtones du Grand Nord.
Toutes les chaînes en provenance du « sud », déversent un flot continu de pubs et de sollicitations totalement inaccessibles à beaucoup d’Inuit bien isolés dans les communautés ; quelles peuvent en être les influences ? En tout cas, pas sans conséquences, mais la réponse est difficile.
- Les DVD occupent également une place très importante dans les foyers, la Northern et la Co-op (les deux grandes surfaces que l’on trouve dans chaque communauté), proposent chacune un très grand choix de films en location.
(3)-Les infirmières sont la base du système de santé du Nunavut.
Une statistique datant de l’année 2000, démontre que cette année-là, 16% des enfants du Nunavut avaient rencontré un médecin (67% pour l’ensemble du Canada) alors que 52% avaient rencontré une infirmière (20% pour l’ensemble du Canada).
Actuellement on compte 318 infirmières pouvant exercer au Nunavut, dont seulement une quinzaine est Inuit. Comparé aux années 1990, où on ne comptait qu’une à deux infirmières par communauté (elles sont maintenant une dizaine), c’est une évolution non négligeable, qui reflète en même temps la difficulté qu’ont les Inuit à s’assumer au quotidien (ils doivent, par exemple, passer chaque jour au dispensaire pour une simple prise de médicament).
(4) Comme pour la plupart des communautés (exception pour Iqaluit, Resolute Bay, Rankin Inlet où ils peuvent se poser aux instruments), les avions se posent à vue en fonction de la météo ; en clair, outre les sensations, vous n’êtes jamais certains, tant que vous n’êtes pas posé, d’atterrir où vous le souhaitiez ; et dans ce cas, tous les frais d’hébergement et de repas sont à votre charge !














Le ciel devient rougeoyant, la jetée encore déserte il y a cinq minutes se remplit brusquement de voitures. Il en arrive de toutes parts et toutes convergent vers la jetée qui bientôt n’a plus rien à envier à la place de la Concorde un grand jour d’embouteillage, sauf que maintenant ce sont des piétons qui débarquent, se faufilent entre les voitures et finissent de tout bloquer.