
Si l’on vous propose un jour de choisir votre route vers la baie du Paradis, n’hésitez pas. La meilleure passe par le port d’Ushuaia, aussi loin dans le Sud de l’Equateur que la France en est au Nord.
Nous en avons trouvé l’entrée en posant nos bottes sur le pont de Vaïhéré, accueillis par Eric, Claude, Antoine et Géraldine entre les caisses de 100 kg de bœuf argentin, saumon chilien, lardons et calamars, accompagnés d’autant de légumes et de fruits. Deux demi agneaux nous avaient précédés, déjà capelés sur le portique arrière, prêts pour leur traversée du Drake. Le groupe se forme au fil du jour, jusqu’à sceller une ambiance de franche camaraderie autour d’un verre ambré. Le soleil de Terre de Feu rend la ville argentine d’Ushuaia bien sympathique mais tous les regards sont tournés vers le Sud, quelques 500 milles plus bas.

Merci la dép ! : Une plongée en ligne droite du baromètre nous coince trois jours dans les canaux de Patagonie. En guides avertis, Eric et Antoine profitent de cette contrainte pour nous concocter un parcours extraordinaire dans les îles Wollaston, entre mouillages enchâssés dans de hautes criques de granit et balades dans les tourbières au cours desquelles nous traquons le profil du redouté Cap Horn.
En route vers le Sud : La longue expérience d’Eric nous ouvre une fenêtre parfaite pour traverser. Commence alors la rencontre avec les oiseaux du grand Sud, les albatros, goélands antarctiques, damiers du cap, pétrels tempête. L’émotion monte d’un cran avec la première baleine. Mission sera confiée à l’équipe de quart d’avertir les autres dès l’apparition d’un prochain souffle. Et puis la côte apparaît. Un rêve pour chacun d’entre nous. Viennent les premiers glaçons, les growlers et les icebergs. La mer, la terre et la glace se confondent dans une palette de bleus, de gris et de blancs. L’atterrissage à Melchior est un choc. Une autre dimension. Notre goélette pénètre dans de véritables calanques de glace jusqu’à rejoindre un petit mouillage qui abritera notre première nuit antarctique, une nuit de jour permanent.

Un moment privilégié d’aventure et d’amitié : Prenez treize copains nouveaux, soudés par un Cap Horn bien franchi, un Drake bien traversé et un répertoire éclectique bien chanté. Plantez les sur un pont pour environ deux semaines. Entourez de larges morceaux de glace que vous aurez auparavant sculptés. Laissez l’imagination agir jusqu’à obtenir un bestiaire complet. Posez le tout sur une mer tantôt d’étain, tantôt levée par des vents bien frais. Quand le déclic des appareils est bien amorcé, retirez de l’eau et faites grimper la bande en prenant soin de bien enfoncer chaque jambe dans la neige molle. Parsemez de manchots hilares qui dévalent sur le ventre les pentes si durement gagnées. Si vous pouvez passer par Lockroy et Charcot, n’hésitez pas à monter tout en haut, le souvenir n’en sera que plus relevé. Quand tout le monde est monté, immortalisez par une photo de groupe. Donnez dix secondes maximum au cadreur pour fixer son plongeon sur la pellicule. Il vous reste à saturer les regards de hautes montagnes jaillies de l’eau, de cascades de glace figées en apesanteur et de rondes collines d’un blanc immaculé.

Qu’il neige, qu’il grêle ou que le soleil inonde la mer, chaque jour eu son lot d’aventures devant des glaces parfois infranchissables, d’émotions devant ces petits manchots blottis contre le ventre de leurs parents, d’excitation devant ces orques venus jouer dans le tableau arrière ou d’adrénaline face à ce léopard des mers réveillé sur sa banquise et qui a raccompagné notre annexe jusqu’au bateau. Ce fut aussi un moment d’amitié, chacun ayant à coeur de faire plaisir à l’autre. Comme quoi, sur Vaïhéré, la recette du bonheur est une spécialité à laquelle Eric, Claude, Antoine et Géraldine excellent.
Un message mis en ligne par Philippe, Thierry, Anne, Jérôme, Serge, Pierre, Jean-Jacques, Yannick, Frédérique et Jean-Yves, à bord de Vaïhéré du 11 décembre 2011 au 6 janvier 2012
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