canotDanger non pas pour la planète ou pour l’humanité – pour une fois ! – mais pour le voyageur intrépide et inexpérimenté qui confierait sa vie à ce type de périssoire ! J’ai découvert l’exis-tence de ce canot gonflable gros comme un porte-clé sur le blog de Vincent. Après avis auprès d’un expert, voici ce que je peux en dire…

L’idée est tentante. Vous imaginez ? Fleuves, marais et lac qui si souvent vous contraignirent à d’interminables détours, limitant d’autant vos velléités de randos magnifiques, imposant des obstacles insurmontables à vos pas décidés : évanouis ! Vous sortez de votre sac à dos votre embarcation de chez Alpacka Raft (encore une idée de ces farceurs d’Américains…) – elle pèse à peine plus de 2KG ! – vous la gonflez au moyen d’un système astucieux de poche à air, et en 1 minute 30 chrono, votre bateau est prêt ! Vous aurez toutefois pensé à prendre une pagaie avec vous – ou au moins une pelle à neige pliable – et vous voilà progressant sur les flots. L’autre côté de la berge n’est pas loin… Puissiez-vous seulement y arriver. Pour traverser le canal du midi en été, ça va. Un bout de marais en Finlande, à la rigueur. Une rivière au Canada, allez-y sans moi ! Quant à un fjord au Spitzberg ou au Groenland – même avec le modèle renforcé et un peu plus lourd « Fjord Explorer » – c’est de la folie pure. Sérieusement : ne vous laissez pas tenter. La photo qui montre un heureux randonneur sur sa bassine gonflable face à un glacier est une véritable invitation au suicide. J’ai vu là-bas des randonneurs avec des embarcations gonflables dix fois plus stables et solides que celle présentée, et qui ont galéré comme des fous, ont eu très froid et se sont fait très peur. La moindre brise, le courant le plus insignifiant peut-être fatal. Même un canoë n’a rien à faire dans l’Arctique. Il faut un kayak de mer, un modèle qui a fait ses preuves, et rien d’autre. 2 kg ? Quel matériau gonflable est capable d’un minimum de résistance pour ce poids ? L’embarcation percera au premier caillou, à la première brindille dépassant de l’eau. Elle se renversera aussi pour un rien, sera vite incontrôlable. Au beau milieu du lac, voilà votre fier canot changé en serpillière en plastique. C’est pas très écologique mais en plus, fortement désagréable pour le passager, condamné à finir à la nage avec son sac à dos changé en enclume sous le faix de l’eau. On trouve en France des embarcations gonflables qui tiennent la route pour un prix inférieur à la production américaine et un poids compris entre 12 et 15 kilos. Soit 6 fois plus lourds, quand même… L’expert dont j’ai pris l’avis n’est autre que l’aventurier Emeric Fisset, célèbre pour avoir traversé de par en part, par ses propres moyens, l’Alaska à deux reprises (par une route différente, toutefois…). Son jugement est sans appel. Il connaît ce genre de gadget, et déconseille fermement. Sa technique, pour traverser les rivières, si nombreuses dans les étendues de l’Alaska ? Y aller franco. Tout habillé, comme ça, directement ! A la commando, ou à la cheyenne. rivière Emeric Fisset, abandonnant d’emblée le principe de l’Alpacka Raft, a commencé son périple avec une chambre à air de roue de camion. Il posait son sac à dos sur la chambre à air, se mettait à l’eau et poussait en nageant. Il y a vite renoncé, pour deux raisons : le poids de l’instrument de flottaison, et le temps de mise en place. Gonfler à la bouche la bouée suffisait à donner à son corps le temps de se refroidir… Face à la multitude de bras de rivière à traverser, et à l’urgence de rejoindre un point habité, il a rapidement cessé de se poser des questions. Il plaçait son sac à dos sur une branche pour l’aider à flotter, et plouf ! Pour aider la flottaison, l’aventurier suggère de placer une poche à eau gonflée d’air à l’intérieur du sac. L’idéal serait d’avoir aussi une brassière serrée contre la poitrine, ce qui protègerait également du froid. Et pour ne pas être frigorifié – quand elle vient d’un glacier, l’eau n’est guère à plus de 2°C au dessus de zéro – une seule possibilité : profiter de la chaleur accumulée durant la marche en s’engageant tout de suite. Hors de question de se déchausser. La seule fois qu’il a craint de ne pas avoir la force de rejoindre la berge opposée, il avait ôté ses chaussures ! Les vêtements conservent une certaine efficacité dans l’eau, ne l’oublions pas. Ils maintiennent l’eau prisonnière contre la peau, lui permettant ainsi de se réchauffer. Arrivé de l’autre côté de la rivière, Emeric Fisset ne se changeait pas, il marchait de plus belle pour se réchauffer et faire sécher ses vêtements ! Lesquels, d’ailleurs, ne séchaient jamais complètements, tant les obstacles étaient fréquents… Donc, marcher ou naviguer, il faut choisir… Et quand, face à un cours d’eau, le choix n’est plus possible, il faut y aller. Veiller toutefois à améliorer la flottabilité du sac à dos, à l’envelopper dans un grand et solide sac poubelle, et à améliorer aussi votre propre flottabilité. Des chaussures de randonnée pas trop lourdes ni volumineuses sont recommandées, ainsi que des sous-vêtement en matière synthétique qui sèchent bien, une polaire, un pantalon et une veste coupe-vent par-dessus. Bien serrer l’ensemble de manière à conserver l’eau réchauffée contre soi. Et une fois de l’autre côté, pas une seconde à perdre. Remettez votre sac à dos et reprenez la marche à fond, sans réfléchir !… La méthode « Fisset ». Elle a fait ses preuves ! Le récit « Dans les pas de l’ours » vous en dira plus. Un évangile pour le forcené du baroud ! Pour plus infos sur les produits de Alpacka Raft (certaines images du fabricant sont impressionnantes, j’en conviens ! Les embarcations proposées se voulant des « wilderness boat ») et de petites vidéo de démo, suivre les liens de la page du Journal du trek (que j’appelle Le blog de Vincent): http://www.journaldutrek.com/un-canoe-leger-pour-la-randonnee/ torrent