groenland 690Les scientifiques de l’université de Cambridge ont eu l’oppor- tunité d’interpréter les mesures effectuées lors de l’expédition Catlin, laquelle visait le pôle Nord. Même si le Pôle ne fut pas atteint, les 435 km parcourus ont permis de réaliser des relevés qui confirment, si besoin était, les résultats obtenus par le voilier Tara les deux étés précédents.

La glace est fine. Trop fine. Pour le professeur Peter Wadahms, directeur du programme scientifique, « L’Arctique sera libre de glace durant l’été d’ici 20 ans, et une grande partie de ce phénomène prendra place dans les 10 ans. » L’équipe a mesuré que la banquise avait en moyenne 1,8 m d’épaisseur, ce qui est typique de glaces âgées seulement de deux hivers. Etant donné le trajet effectué – au nord du Canada – la mission s’attendait à traverser des zones de glaces plus vieilles, plus épaisses et plus résistantes. « C’est comme si l’homme avait retiré le couvercle au nord de la planète », déclare le professeur Wadhams, qui étudie les glaces de l’Arctique depuis les années 1960. Cette disparition d’une caractéristique jusqu’alors permanente de la planète accélérera inévitablement le réchauffement climatique. Le rayonnement solaire jusqu’alors réfléchi par la surface blanche de la glace (effet d’albedo) sera absordé par l’océan qui montera en température. La circulation de tous les océans en sera modifiée, les eaux froides se mêleront moins aux eaux chaudes, l’évaporation augmentera comme augmentera la surface nuageuse et l’effet de serre qui lui est associé. La calotte glaciaire du Groenland fondra, les glaciers d’altitude s’évaporeront, le méthane se libèrera du sol dégelé… On préfèrerait ne pas connaître la suite. Rien de nouveau, donc, si ce n’est une confirmation supplémentaire de ce que certains s’amusent encore à nier. Le scientifique anglais ajoute à ses arguments un constat d’ordre technique qui n’étonnera aucun familier du Pôle : « Aujourd’hui, nous devons porter des combinaisons d’immersion et nager. Nous avons besoin de traîneaux qui peuvent flotter. Je prévois des traîneaux ressemblant plutôt à des canoës que l’on pourra aussi traîner sur la glace. » C’est notre constat : il faut naviguer là où il y a quelques années il suffisait de marcher. Le recours à des prototypes polyvalents devient plus que nécessaires. Mais pour faire quoi ? Se rendre au Pôle nord par ses propres moyens avant que les bateaux de croisière ne nous rattrapent et brisent définitivement le mythe ? Pour prouver quoi ? Qu’on en est « capable », pour réaliser une « première », faire mieux que son voisin ? Pour la beauté du geste, voyons. Pour la poésie du sport, pour la grâce d’un hommage et quelques larmes d’adieu. Voyez : les glaces éternelles renoncent à leur éternité. Le site de l’opération Catlin (en anglais)