silouhette.JPGNotre planète est en crise comme nous le rappelle chaque jour l’actualité ; financière à l’origine, elle affecte maintenant l’ensemble de notre société avec des urgences économiques, sociales et écologiques. De cette crise s’impose la nécessité d’une remise en cause de notre façon de vivre, une interrogation qui concerne chaque citoyen et les Etats mais à laquelle il est difficile de répondre. Comme nous l’avons compris avec la désillusion qui a suivi l’échec de « Copenhague » ; échec auquel on devait s’attendre.

Une réflexion qui concerne aussi le monde des croisières et c’est sans aucune prétention, avec mon profil de chercheur, d’homme de terrain et de croisiériste occasionnel que je peux émettre quelques idées concernant l’aspect éducatif ,pourtant déjà bien présent dans les voyages, qui me semble plus encore nécessaire .
Aurores, baleines, ours, navigation dans les icebergs, rencontres d’autres civilisations…Nous revivons tout cela dans les « récap » des activités de la journée, et plus tard dans nos images et nos films. L’émotion est un attrait moteur des croisières et cet aspect remplit le temps à bord. Les croisiéristes sont motivés, disponibles et, j’en fais le pari, soucieux de l’avenir de leurs descendants. Mais pour agir il faut être convaincu et pour cela comprendre comment fonctionne l’environnement de notre planète.
Pour les lueurs des aurores polaires, par exemple, il serait bien d’en expliquer la cause et le fait qu’elles visualisent la protection de la planète contre les vents solaires. Et s’agissant des glaces qu’elles sont à la fois un témoin et un amplificateur du réchauffement climatique et des archives uniques de la dégradation de l’environnement planétaire. Et pour cela donner un peu d’espace à ce type d’échanges avec les passagers, voire les accompagnants, des croisières ; un message qui n’interdirait pas de parler d’aventures.
Car les croisières offrent des conditions uniques pour parler « connaissance » avec des passagers motivés, « à disposition » si l’on peut dire ainsi ; et disponibles avec une sensibilité éveillée par la découverte de mondes nouveaux. S’il est fascinant de voyager dans les glaces il faut aussi convaincre que leur disparition est due aux émissions de gaz à effet de serre ; si ce n’était pas le cas et si les causes étaient naturelles, pourquoi envisager maintenant de changer de mode de vie et accepter une taxe « carbone » ou planter des arbres,alors que pétrole et charbon peuvent encore pour un temps assurer notre confort.
C’est dans les glaces des régions polaires, sentinelles inhabitées de notre planète, que nous avons découvert au fil de nos campagnes l’impact planétaire des activités humaines sur l’environnement dans lequel nous vivons. Un impact dont certains, de plus en plus nombreux, pensent qu’il peut mener notre société contre un mur. « Y’a ka »…Technologies innovantes, crise économique permettant de rebondir, gouvernance internationale… la liste est longue d’éventuels remèdes possibles. De façon plus réaliste le citoyen peut songer à consommer moins, qu’il s’agisse d’aliments ou d’énergies. Mais pour ma part je privilégie aussi comme approches les aspects émotions, recherche et éducation.
Mes convictions de chercheur sont venues du signal d’alerte des pôles. Nous n’avons qu’une seule atmosphère puisque l’on mesure les mêmes concentrations de CO2 aux deux Pôles qu’à Paris ; et un seul océan dont le même CO2 entraîne la redoutable acidification. Si la cause est connue les impacts du réchauffement climatique sont eux à l’échelle des continents, pays et régions. Et chaque voyage offre l’opportunité de parler de paysages, sensations et cultures mais aussi, selon les cas, de ressources en eau douce famines, migrations des populations voire conflits…Cette richesse des voyages ne se limite pas à la durée de la croisière ; elle devrait s’appuyer sur un carnet « Environnement » comprenant un fonds commun qui pourrait être enrichi de compléments spécifiques aux lieux géographiques visités. Et brochures et films traitant de ces sujets devraient aussi être du voyage.
Pour clore ce propos, je suis persuadé, et vous le savez mieux que moi, que les croisières ouvrent de nombreuses possibilités d’émerveillement mais aussi de réflexion. Car au-delà de l’exploration et de l’aventure , pour reprendre des mots de Théodore Monod, il nous faut maintenant comprendre la façon dont le monde qui nous entoure fonctionne et comment l’Homme va se conduire à l’égard de cette petite boule, notre maison, tournant dans l’immensité de l’Univers.
P.S : Sur le sujet on peut signaler la décision du journal « Le Monde » de publier chaque année un hors-série « Bilan Planète » dont le premier tout récemment paru porte sur 2009.
*Mieux connaître Claude Lorius

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