Je vais à Churchill depuis près de vingt ans, au moins une fois par an pour la saison des ours polaires en octobre/novembre, parfois aussi l’été pour les bélougas et les oiseaux, ou encore en février pour les oursons.

Cette petite bourgade de 800 habitants est un des hauts lieux de la nature et de l’histoire du Canada. Churchill est un site étonnant. Un carrefour entre les écosystèmes, les peuples et l’histoire de l’Arctique, situé juste sur la limite des arbres qui marque le passage entre la forêt boréale et la toundra, et sur les rives de la baie d’Hudson.
Il est possible de voir des ours polaires mais aussi des ours noirs, des caribous ou des élans, la chouette harfang et la chouette épervière.
Des ronds de tentes indiquent que des hommes ont habité la région après le départ des glaciers, il y a 4000 ans. Ils pouvaient chasser le caribou, pêcher l’omble arctique et échanger avec les Amérindiens qui vivaient déjà dans la forêt boréale.
Le premier Européen à visiter la région fut Jens Munk, un navigateur danois. En 1619, Il croyait avoir trouvé une entrée pour le célèbre passage du nord ouest. Il n’avait découvert que l’embouchure de la rivière Churchill. Plus tard, c’est la compagnie de la baie d’Hudson qui s’installa, attirée par les milliers de bélougas qui viennent dans la rivière pendant l’été.
Si l’on regarde une carte du Canada, on s’aperçoit que l’on peut rejoindre Churchill et Winnipeg en suivant les rivières et en traversant le lac Winnipeg. Cette voix de communication permit à la fameuse compagnie commerciale de faire fortune avec le commerce des fourrures de castors en particulier. Lapérouse, notre célèbre navigateur, est même venu s’attaquer au fort Prince de Galles, la base fortifiée de la Compagnie pour contrecarrer le commerce des fourrures de l’Angleterre et son expansion vers l’ouest. Mais cette action militaire qui lui valu les remerciements du roi de France, n’empêcha pas la marche des Anglais vers l’ouest. La compagnie de la baie d’Hudson continua son développement et sédentarisa des indiens Cree. Des habitants de Churchill sont les descendants de ces populations. Les ours polaires sont aussi toujours là, Jens Munk en parle déjà dans ses relations de voyage. Ils réalisent en un an une migration dans la baie d’Hudson et le cap Churchill est le passage obligé de ces centaines d’ours polaires. La population est estimée à 1200 individus dans l’est de la baie.

Beaucoup de gens me disent :
– Je voudrais voir des ours polaires.
– Allez à Churchill fin octobre.
– Je ne veux pas être dans ces grands camions pour les touristes.
– Alors allez au Spitzberg.
– Oui mais je veux être sûr de voir des ours.
– Alors allez à Churchill.

L’observation des ours polaires est effectivement passive mais comment faire lorsque les ours sont partout ? Se promener à pied avec un fusil et risquer un accident, et donc la vie d’un ours ? Mais pourquoi se priver de la démarche élégante de l’ours polaire dans la toundra, son pas glissé sur la surface d’un lac, les jeux des adolescents qui perdent haleine dans des joutes sans fin, autant d’images magiques à chaque fois renouvelées. Après 15 saisons à Churchill, je ne me lasse pas. Aucun séjour ne fut le même. Fin octobre, il n’est pas rare de voir le vol de la chouette harfang qui chasse dans la toundra. Le grand rapace blanc, souvent moucheté de noir, traque le lemming. Il ne va pas tarder à continuer sa route vers le sud pour passer l’hiver dans les plaines du Manitoba.

Plus fréquent encore, le renard polaire qui trotte sur les plages dans son pelage immaculé.
Sans cesse en billebaude, il semble toujours pressé. Un os de phoque, un vieux bout de peau de caribou, il l’enterre pour l’hiver. Nous continuons notre journée dans la toundra, les ours font la sieste sous un saule, ou se déplacent lentement le long des premiers blocs de banquise.
Ils attendent sa formation en économisant leurs réserves.
Les fameux buggys de Churchill empruntent des pistes tracées par des militaires dans les années 50. A l’époque on ne faisait pas de tourisme à Churchill mais des manoeuvres militaires qui ne s’embarrassaient pas de la protection de l’environnement. Les ours polaires faisaient de bonnes cibles. A la fin des années 70, les ours ont réinvesti les lieux. Un ingénieur a inventé ces fameux véhicules, un documentaire du National Geographic a fait le reste.

Il ne faut pas se tromper de cible, la nuisance ce n’est pas le touriste passionné par les ours qui dépense beaucoup d’argent pour découvrir cet animal emblématique.
Avec le réchauffement global, la diminution de la durée de mise en place de la banquise, les ours ont d’autres soucis que les caméras et les appareils photos.
C’est leur survie qui est en jeu. D’ailleurs, certains habitants de la région ont déjà programmé la fin du tourisme pour se reconvertir dans les activités portuaires qui se dessinent à l’horizon, si le passage du nord-ouest est navigable les navires chargés de minerais, de céréales voire de pétrole transiteront par le port le plus nordique du Canada. Churchill reste à la croisée des chemins de l’histoire en espérant que l’ours polaire poursuive lui aussi sa route.

La protection des habitants face aux ours
Chaque été, les ours polaires retournent à terre quand la banquise se disloque. Ils doivent attendre le mois de novembre avant de repartir. Ils attendent à proximité de la petite ville de Churchill. Pour protéger les ours et les hommes, une patrouille spécialisée intervient dès qu’un ours est signalé dans le voisinage d’une habitation. Armé de pétards, de balles en caoutchouc, les rangers tentent d’éloigner le plantigrade. S’il revient plusieurs nuits de suite, un piège est mis en place pour le capturer. Il est ensuite emmené dans une prison spécialement destinée à accueillir une vingtaine d’ours. En cas de surpopulation, les ours sont endormis placésdans un filet et transportés vers le nord en hélicoptère. Ces mesures ont permis de réduire les cas de légitime défense et les risques pour les populations. Depuis plus de 20 ans, aucun accident important n’a été enregistré.

Carnet pratique : Localisation
Accès : En avion depuis Winnipeg, la capitale du Manitoba est régulièrement desservie depuis Toronto, Calgary et On peut aussi prendre le train depuis Winnipeg : 36 heures pour faire les 1 200 km en traversant la forêt et les villages. Fréquemment le convoi s’immobilise pour monter à son bord une famille de trappeurs, ou déposer des paquets.

Hébergement
De nombreux hôtels fonctionnent à la saison des ours. Quelques logements existent chez l’habitant. Impossible d’improviser un voyage à la dernière minute, tout est réservé un an à l’avance.

Budget
Ecotourisme : La manne importante apportée par le tourisme permet aussi de favoriser la protection des ours. Patrouilles et vol hélicoptère coûtent cher à la province, les milliers de touristes payent la facture.

Information
Pour les personnes qui ont le temps et qui traversent l’Atlantique pour aller voir les ours, partez une semaine plus tôt vers le 15 octobre et allez voir les oies sauvages à Québec.

Plus d’infos sur ce séjour Les ours en image (pdf 840Ko)

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