Iqaluit, jeudi, 22h
photo5.jpg Le ciel devient rougeoyant, la jetée encore déserte il y a cinq minutes se remplit brusquement de voitures. Il en arrive de toutes parts et toutes convergent vers la jetée qui bientôt n’a plus rien à envier à la place de la Concorde un grand jour d’embouteillage, sauf que maintenant ce sont des piétons qui débarquent, se faufilent entre les voitures et finissent de tout bloquer.

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Presque sur l’horizon, une douzaine d’embarcations tous feux allumés, fait un feu d’artifice de ses fusées de détresse et se dirige vers le « port » (ou plutôt, ce qui sert de « port » à la capitale du Nunavut, car c’est un bien grand mot pour désigner cette plage, aux marées, les deuxièmes plus importantes du Canada, barrée d’une jetée, permettant aux bateaux de mieux débarquer à marée haute).


Encore dix minutes et, comme à la parade, ils entrent et défilent, brandissant leurs trophées, fanons et os de baleines, sous les holas, les chants, et les applaudissements de la foule. Cette année c’est Iqaluit qui a été tirée au sort pour chasser la baleine, et il s’en est fallu d’à peine vingt quatre heures pour qu’elle soit trouvée, harponnée et ramenée sur la côte, à deux heures de bateau d’Iqaluit, où vingt quatre heures plus tard, elle était dépecée, débarrassée de son matak, sa peau et de sa viande qui seront redistribués à toutes les communautés du qikiqtaaluk  (1). Le ciel s’assombri et peu à peu, les Nunavummiuts se dispersent ; la nuit devient plus rougeoyante, presque aussi rouge que le sang de la baleine. Serait-ce un présage ? Un vent glacial souffle sur la jetée redevenue déserte ; tout s’est passé en à peine une heure.

(1)-Le Nunavut est divisé en trois provinces, le Qikiqtaaluk, le Kivalliq et le Kitikmeot ; chaque année, chacune d’entre elles peut chasser une baleine.
On peut se poser la question de la reprise de la chasse à la baleine au Nunavut, – pour ou contre ?, Trois baleines maximum par an (qui pour certains seront toujours trois de trop !), pour se nourrir et pour entretenir les traditions ; on peut aussi faire la comparaison avec le Japon : plusieurs dizaines de milliers abattues, dans une certaine indifférence des autres pays (dont l’Europe)… mais les Japonais ne chassent pas la baleine, ils l’étudient !!!
Il reste deux populations distinctes de baleines franches boréales au Nunavut ; celle du bassin de Foxe et de la baie d’Hudson : estimée à au moins 600 individus avant son exploitation intensive de 1860 à 1915, sa population est aujourd’hui évaluée à 345 individus. Celle de la baie de Baffin et du détroit de Davis : la population estimée, avant le début de sa chasse intensive en 1825 à au moins 12 000 individus, est aujourd’hui d’environ 350 et 375 individus. A noter que tous les Inuit « anciens », s ‘accordent à dire qu’ils observent de nos jours beaucoup plus de baleines que dans les années 1960 (les biologistes estiment maintenant sa durée de vie possible à deux cents ans).

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