Expédition B-11-10 GROENLAND 2011, côte Nord Est.

Départ du Spitzberg vers le Groenland (Kjeser Franz Joseph Fjord, Ittoqqotoormiit), Arrivée Tromsø. Illustration-tournage-All-e-des-Glaces---author-copyright-Fr-d-ric-Jouve.gif Comme le commandant Charcot et d’autres explorateurs mythiques, le navigateur polaire Olivier Pitras rêve de découvrir la côte Nord Est du Groenland devenue en 1974 le plus grand parc national du monde.

Il n’a encore jamais navigué dans ces parages. L’enthousiasme de la découverte est immense. Il s’est entouré pour cette aventure. D’une équipe de 13 personnes.

Bienvenus dans l’extrême frontière navigable du Groenland.
Avant d’atteindre ces côtes aux cartes approximatives il faudra traverser le détroit de Fram qui sépare le Spitsberg du Groenland puis affronter le danger des ceintures successives de banquises dérivantes. 200 kilomètres et 51 heures d’attente seront nécessaires pour trouver « l’Allée des Glaces ». Le skipper engage alors son bateau dans un réseau de fjords au cœur de montagnes majestueuses et époustouflantes de beauté. Personne à bord n’a jamais rien vu d’aussi beau. « Le dernier bulletin météo et la carte des glaces, nous indiquent clairement qu’il est impossible de pousser plus loin. Les conditions ne sont plus réunies. Le vent du nord accélère la dérive des glaces qui menacent de refermer le « David Sund », notre seule et unique porte de sortie. Il faut quitter la zone dans les meilleurs délais » La course contre la montre commence. Même si les chances de passer sont réelles, rien n’est joué. L’expédition réussit toutefois à échapper à la glace et trouve refuge pour se protéger du mauvais temps à Ittoqqotoormiit, le village inuit le plus isolé du Groenland.

Après le coup de vent, l’équipage profite de l’accalmie pour faire visiter le bateau aux enfants du village, faire quelques courses et préparer le matériel pour une traversée qui s’annonce difficile. En effet un deuxième coup de vent est prévu et le service Danois des glaces annonce la fermeture prochaine du Scorebysund (plus grand fjord au monde) à l’entrée duquel se trouve le village. Pour échapper une fois de plus aux dangereuses mâchoires de la banquise, le voilier polaire met le cap au large sous la menace de deux ouragans ayant causés d’énormes dégâts aux Etats-Unis. L’adversité de la glace oblige l’équipage à se jeter au cœur de la tempête Irena suivie de la tempête Katia qui pilonnera l’écosse et le sud de la Norvège. Heureusement, l’option prise de passer au beau milieu de la première permettra au skipper et son équipage de trouver refuge 6 jours plus tard dans le sublime archipel des Lofoten sans avoir eu à subir les assauts meurtriers de la seconde.

En arrivant à Tromsø chacun a le sentiment d’avoir vécu une aventure exceptionnelle. Le sac d’émotions et d’images est plein. « il faudra trier bien sur ! Mais nous savons déjà tous que nous possédons un trésor commun. Nous ne sommes pas prêts de l’oublier »

A noter : Cette région est totalement vierge. Ceux qui l’ont parcourus en voilier se comptent sur les doigts de la main. Les fjords encaissés qui découpent la côte en fines dentelles de falaises abruptes comptent parmi les plus isolées et sauvages de la planète. L’équipage embarqué dans cette aventure défriche un terrain encore plus mystérieux que le passage du Nord Ouest ou la péninsule Antarctique. « Les falaises verticales s’élèvent parfois à plus de mille mètres au dessus de l’eau. Elles sont composées de couches successives de sédiments pétrifiés. Les couleurs sont vives et contrastées. Les couches vertes, rouges, ocres et bleues s’enlacent et dessinent un patchwork insensé témoin des formidables pressions qui ont présidées ici à la naissance de la plus grande île du monde. » « Southern Star » est le seul voilier de la saison à avoir atteint cette latitude. Chaque année la limite change et il est parfois possible de pousser bien plus haut mais 2011 détient le deuxième record après 2007 du minimum de banquise polaire en été. Les champs de glaces de l’Océan Glacial en fondant se morcèlent, s’affinent et dérivent plus facilement vers le sud, emportés par le courant froid du Groenland. Ainsi l’englacement de la côte Nord Est du Groenland est un indicateur puissant du changement climatique qui affecte actuellement notre planète.