En 2007-2008, j’ai embarqué  comme correspondant d’expédition à bord de la goélette Tara, dans le cadre de l’expédition « Tara Arctic ». En charge des reportages à bord pour « alimenter » le site internet des expéditions, j’ai vécu ainsi ma première nuit polaire.
Au cours des tournages, les dix équipiers prisonniers volontaires de la banquise, vivaient ensemble pour la majeure partie leur première grande aventure. Dans les rushs des tournages réalisés pour le site et les films scientifiques, j’ai pu capturer de nombreuses situations drôles et cocasses. Souvent parce que les « Taranautes », ces « polaires » prisonniers de cette glacionef, étaient totalement décomplexés devant la caméra profitant naturellement des ces instants uniques, aussi parce qu’ils étaient quelquefois en quête de moments de décompression dans ce huis clos polaire. La caméra était alors un regard complice qui prolongeait le mien.

« Strange Community » est donc  une parodie, une approche décalée et volontairement humoristique de notre épopée polaire. Du quotidien  d’une expédition scientifique.  Les sons, les scènes enregistrées et même les interviews ont été détournées de leur sens originel, appuyé par un commentaire qui montre  l’incompréhension dans laquelle cette expédition plonge le narrateur. Le montage et le choix des musiques et des sons très particuliers en assurent  l’alchimie finale. Le morceau d’accordéon a été enregistrée à bord de Tara, il est interprété par Samuel Audrain, qui était aussi le chef mécanicien du bord.
Il faut savoir enfin que pour ce film tourné et monté à bord, le choix de l’anglais s’est imposé pour permettre à l’équipage international d’accepter aussi l’idée de ce projet et sa réalisation. Il m’a fallu à peu près un mois en dehors des tâches quotidiennes du bord pour monter cet OCNI (objet cinématographique non identifié). C’est avant tout un clin d’œil décalé, un moment qui se veut différent des films scientifiques, artistiques ou documentaires qu’on voit le plus souvent sur les aventures polaires.
C’est enfin l’occasion de montrer aussi, avec un peu plus d’intimité, la vie quotidienne sur la banquise d’une communauté éphémère de femmes et d’hommes.

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