Les 20 et 21 janvier prochain, le Festival International du Film Polaire présentera Le Pêcheur (Balyksyt) un film inédit, réalisé par le Iakoute Viatcheslav Semionov.

L’histoire est simple et touchante : en pays sakha, au coeur de la forêt sibérienne, un vieux pêcheur vit sur la rive d’un lac oublié. Fuyant les hommes, tel un ermite, il loue chaque jour les esprits pour la nourriture que la nature lui donne. Un jour, alors qu’il relève ses nasses, il aperçoit la tête d’un homme qui dépasse de l’eau. D’abord terrifié par la vision de cette tête coupée, il se rend compte que l’homme est vivant. Il décide de lui venir en aide…

Le film touche par sa sensibilité et son esthétisme. Même après avoir regardé le film trois fois, le spectateur découvre les clefs des métaphores liées aux éléments de la nature et savamment maîtrisées par le réalisateur. Interrogé sur sa passion du cinéma, Viatcheslav Semionov répond :
“Je suis né dans un village évenk de la région d’Aldan en Iakoutie. J’ai commencé à m’intéresser à l’image par le biais de la photographie : mon frère avait un appareil photo et je l’accompagnais partout. J’ai terminé les cours de cinéma de Naoumov à Moscou. Mes films de fiction s’inspirent des auteurs iakoutes dont j’aime mettre les oeuvres en image.
A travers mes films, j’aime montrer la diversité de la Iakoutie : celle de ses paysages, la montagne, la toundra… et celle de ses habitants. Pour les peuples du Nord, la règle est de s’entraider car un homme seul ne peut survivre aux conditions extrêmes de notre hiver polaire. Le quotidien de ces peuples est menacé et je considère comme ma mission de les filmer.
Malgré l’athéisme dans lequel il a été élevé au XXe siècle, le peuple sakha a conservé le sentiment que les esprits sont présents autour de nous et que dans la nature tout a une âme. Pourtant, aujourd’hui, l’être humain enfant de la nature, même en Iakoutie, a rompu la relation privilégiée qu’il avait avec son environnement. Le héros de mon film Balyksyt chérit la nature qui l’entoure et continue de vivre comme nos ancêtres. L’aigle-pêcheur qui incarne le double de mon héros est une métaphore de la préciosité de ses êtres qui savent vivre en harmonie avec la nature : comme ce pêcheur solitaire, l’aigle pêcheur est une espèce en voie de disparition…”

La projection de ce film sera l’occasion de découvrir le Grand Nord sibérien sous un nouveau jour, loin des stéréotypes qui en font le pays du goulag et des neiges éternelles.

La République Sakha (Iakoutie) s’étend dans l’Extrême-Orient russe sur un territoire équivalent aux 2/3 de l’Europe. Si le pays est riche en ressources naturelles, une grande partie de la population continue de vivre de l’élevage, de la pêche et de la chasse dans la taïga, la toundra et les montagnes. Les Sakhas (ou Iakoutes) représentent environ 350.000 sur les 950.000 habitants, dont beaucoup vivent aujourd’hui dans les treize villes de Iakoutie. Dans ce pays dont l’activité économique est essentiellement fondée sur l’élevage et l’industrie minière, le cinéma est un art nouveau qui se développe lentement grâce à l’enthousiasme de réalisateurs passionnés. A travers leurs oeuvres, ils montrent toutes les facettes d’une Iakoutie qui se nourrit des traditions des ancêtres pour construire l’avenir des générations futures.

Balyksyt est sous-titré et distribué par BOREALIA (www.borealia.eu)