L’histoire est simple, tragique.
Quelques semaines avant la sortie en salle de Kabloonak, en 1994, est paru sur tous les écrans de France et de Navarre, un très grand navet hollywoodien sensé représenter le monde esquimau. La critique est unanime et porte au nue ce film (qui ne mérite même pas d’être cité !)
Mais le public qui s’est rendu en masse pour voir le navet n’est pas dupe, et quand quelques semaines plus tard, parait à son tour Kabloonak, il ne se laisse pas avoir une deuxième fois, boude le film (pour qui, en plus, la critique est encore unanime: Kabloonak est descendu en flèche !)
Résultat: Kabloonak est un fiasco financier, Claude Massot, qui a investi plusieurs années de sa vie, et une grande partie de ses économies, pour réaliser ce film, est en pleine dépression; il se suicide peu de temps après.
La boite de prod disparait, le film est saisi, et devient pratiquement introuvable, au point que, lorsque nous décidons de réunir les deux films, Nanook of the North et Kabloonak, dans une projection unique au Musée de l’Homme, pour les dix ans de la disparition de Claude Massot, le vide juridique est total: impossible d’avoir des autorisations de projeter.
Nous décidons malgré tout de maintenir la projection. La veille, je retrouve grâce à internet, les enfants de Claude Massot qui seront présents à cette soirée ; le pianiste Eric Leguen, qui a été pendant des années , le pianiste attitré de la famille Mélies, est un vieil ami des années spéléo, où nous avons usé bien des combinaisons… il me propose de projeter Nanook of the Norh, comme à la « belle époque », accompagné au piano..
.La soirée est mémorable, des 250 personnes, présentes ce soir là au Musée de l’Homme, beaucoup en repartiront la « larme à l’oeil »!
Depuis la « renaissance » de Kabloonak, presque une décennie s’est encore écoulée, le « navet » est tombé dans l’oubli… Kabloonak quant à lu, à rejoint « les Noces de Palo (Knud Rasmussen, 1933), de La saga des Inuit (5 films
de Jean Malaurie, 2007) et Atanarjuat (Zacharias Kunuk, 2001) qui ensembles constituent le patrimoine des grands
films ethnographiques polaires.

Kabloonak est maintenant vendu avec Nanok of the north (version 1927, sonorisée en anglais) (lien vers livres polaires) ; prochainement  devrait s’y ajouter une deuxième version, celle de 1922. (muette), accompagnée au piano (in live) par Erc Leuguen.

Jean Luc Albouy