Le blog de glace – Grand Nord Grand Large

Plus de 30 ans d'aventures polaires

Articles de février, 2012

24Fév. 2012

Expédition ethno-photographique le long de la rivière Khatanga

Au printemps prochain, l’ethnologue Yann Borjon-Privé et le photographe Nicolas Mingasson vont mener expédition ethno-photographique le long de la rivière Khatanga en Russie. Au programme : la réalisation, portrait après portrait, d’une cartographie humaine de la région.
Nicolas photographiera en noir et blanc et le plus souvent en noir et blanc réalisera des entretiens filmés en tandem avec Yann. Qui, parallèlement, réalisera sa propre enquête ethnographique.
C’est une démarche originale et inédite. L’ethnologue et le photographe vont croiser leurs regards et enrichir réciproquement leurs travaux dans le but d’étudier et témoigner des changements culturels, sociaux, économiques et environnementaux rapides auxquels ces populations se trouvent confrontées.

Voici la présentation en vidéo du projet.

Le budget de leur expédition n’est pas totalement bouclé. Il reste à Nicolas et Yann à trouver 3 140 dollars soit 2 373 euros. Vous pouvez les aider !
Pour boucler leur budget ils se sont associés à la plateforme Emphas.is dont l’objectif est le financement participatif de projets photographiques. De 10 à 2 000 dollars chacun de vos dons sera récompensé par un cadeau : cartes postales, tirages photographiques, livres… mais permettra surtout au projet de se faire dans les meilleures conditions possibles.
Si vous souhaitez soutenir Nicolas et Yann, rendez-vous tout simplement sur cette page.
Cette mission est la première étape d’un vaste projet autour de l’Arctique. D’autres expéditions sont prévues, toujours en partenariat avec une équipe d’ethnologues, pour réaliser un tableau de l’ensemble des populations de l’Arctique. Ce travail sera présenté dans le cadre de l’Observatoire Photographique de l’Arctique.

Merci d’avance et pour eux pour votre soutien.

24Fév. 2012

Vaiheré relève la croix de Charcot sur l’île Booth

La croix effondrée lors du précédent passage de Vaiheré

Le cairn érigé par le Cdt Charcot, au sommet du Mont Jeanne, sur l’île Booth (péninsule antarctique) suite à l’hivernage du « français » en 1904, avait été malmené durant les tempêtes antarctiques de l’hiver dernier et la croix en bois était tombée.
Grâce à l’aide logistique du voilier « vaihere » et de son équipage (Eric Dupuis), le site historique est restauré.
Bien entendu, afin que tout soit dans les clous, avant de repartir en Antarctique, nous avions informé IAATO et madame Charcot des travaux de restauration (qui avait été acceptés).

Message reçu ce jour, d’Eric Dupuis à bord  de Vaiheré, en Antarctique :
Salut GNGL!
Superbe temps depuis l’arrivée!
Avons remonté la croix sur le cairn hier, c’est vraiment mieux comme ça!
Elle manquait plus que ce que je pensais! Il faudra que j’achète plus de câble l’année prochaine pour les changer tous, normalement ça va bien tenir l’hiver. Allons à Petermann puis ce soir à Vernadsky.

Biz à tous !

22Fév. 2012

Upernavik 24 juillet – 20 août 2011

Novembre 2010, le désir de repartir vers le Grand Nord se fait de plus en plus important. Le Grand Nord manque aussi beaucoup à Jean Pierre, nous décidons donc d’organiser notre voyage pour l’été 2011, aux paysages et lumières magnifiques.
Peu de temps après, notre petit groupe de six copains est constitué (Catherine, Christine, Jean Pierre, Mathieu, Philippe et moi-même).
Lire la suite…

22Fév. 2012

« La Voie du Pôle » sur Planete Thalassa

« La Voie du Pôle », qui a remporté le glaçon d’or 2012 au festival international du film polaire, sera diffusé en exclusivité sur Planète Thalassa à partir du 29 février à 20h40.


La voie du pôle (bande annonce) par Grand_Nord_Grand_Large

Voici toutes les dates et horaires de diffusion du doc :
Mercredi 29 février à 20h40
vendredi 02 mars à 22h30
Samedi 03 mars à 16h45
Lundi 05 mars à 07h50
Mercredi 07 mars à 13h30
Jeudi 08 mars à 17h45
Samedi 10 mars à 8h45
Mardi 13 mars à 9h30
Mercredi 14 mars à 17h45
Jeudi 15 mars à 23h30
Dimanche 18 mars à 08h45
Lundi 19 mars à 22h30
Dimanche 25 mars à 17h15
Dimanche 1er avril à 22h30

Voir le communiqué de Presse

14Fév. 2012

Les Racontars Arctique de Jorn Riel au Théâtre

Vivre au grand air dans une nature fantastique et sauvage ! Survivre seul avec son traîneau et ses chiens, au pays des ours blancs…
Sauf que sur la Côte Nord-Est du Groenland, on n’est pas tout seul et qu’on ne choisit pas ses compagnons de baraque.
Sauf qu’un ours blanc c’est une tonne de rage pure qu’on n’entend même pas débouler avec le vent qui vous hurle dans les oreilles.
Sauf qu’il fait nuit la moitié de l’année et qu’on passe son temps bourré à l’alcool de patate à trébucher sur des merdes de chiens gelées pour s’étaler parmi les carcasses de boîtes de corned-beef.
Heureusement qu’il y a Emma. La plus brillante des étoiles polaires… »
Une adaptation des Racontars Arctiques de Jørn Riel


Les Etoiles Polaires en 1mn30 par LesEtoilesPolaires

Toutes les infos ici

13Fév. 2012

Cap sur l’Antarctique à bord du Plancius

Nous vous proposons de suivre la navigation du « Plancius » le long des côtes de la Terre de Graham.

Mercredi 8 : Ca y est : hier, tout le monde a enfin pu embarquer (les derniers sont arrivés à 45 minutes de l’embarquement) avec tous les bagages et « Plancius » a quitté le port d’Ushuaia vers 18h00.
Ce matin, le bateau a quitté la zone du cap Horn et met le cap sur l’Antarctique.

Vendredi 10 : La navigation continue cap au Sud. Après une traversée du passage Drake dans de bonnes conditions (houle modérée) « Plancius » fait escale à Leith Cove, puis à Cuverville en matinée. Le débarquement s’organise à Neko Harbor puis  Camping à Leith Cove, pour ceux qui ont choisi l’option.

Durant la navigation, nous assistons à plusieurs très belles observations de baleines à bosse depuis le bateau et les zodiac, les baleines se trouvant à quelques mètres des canots pneumatiques, avec un baleineau qui est venu faire du « spy-shop » quasiment à toucher le zodiac (Spy-shop : la tête dressée complètement hors de l’eau, surveillant aux alentours avant que le baleineau tourne sur lui-même et s’enfonce à nouveau dans l’eau).

Samedi 11 : les campeurs sont récupérés à 5 heures du matin car la météo est en train de changer et le vent se lève (40 nœuds). Navigation dans le canal Neumayer et visite de Dorian Cove.

Dans l’après-midi, « Plancius » est le 1er bateau de la saison à naviguer dans le canal Lemaire qui vient enfin de s’ouvrir à la navigation après avoir été fermé tout le début de saison, par la glace. En soirée barbecue dans le détroit de Pénola en compagnie des scientifiques de la station de Vernadskiy, invités à bord.

Dimanche 12 : débarquement à la base puis au refuge historique de « Wordie hur ». Le personnel de la base est heureux de nous recevoir, d’autant que nous sommes le premier groupe de la saison à venir les visiter. Balalde en zodiac, avec de nombreux phoques léopards.
Magnifique soleil couchant à Port Charcot. Visite du site qui avait été occupé par le Cdt Charcot (cairn, abri magnétique)et des colonies de manchot.

Lundi 13 : Après avoir suivi les baleines lors d’un « safari baleines » dans la baie Wilhelmina, ancien site fréquenté au début du XXième siècle par les baleiniers, Plancius a mis le cap sur les Shetland du sud et vient de pénétrer dans le cratère de l’île Déception, et un débarquement est prévu dans la baie des baleiniers.

Après une visite de la pointe Elephant puis de l’île Aitcho dans l’après-midi, le bateau mettra le cap sur la Terre de Feu dans la nuit.

Mardi 14 : Après 2 journées de grand beau temps le long de la Terre de Graham, la dernière journée dans les Shetland du Sud, se déroule dans des conditions mitigées. Un débarquement est tenté, dans l’après-midi à Half Moon dans des conditions correctes. Puis Plancius met le cap sur la Terre de Feu en soirée.

Jeudi 16 : Plancius se rapproche de la Terre de Feu pour un débarquement demain matin. Les conditions de navigation sont excellentes avec du très beau temps pour le Drake retour : peu de vent, peu de houle, mer belle.
Le pilote doit embarquer dans la nuit pour l’entrée du bateau dans la baie d’Ushuaia demain en tout début de matinée.

Vendredi 17 : Tout le monde quitte le bateau ce matin, avec les vols de retour vers l’europe.

Voir notre Journal de voyage

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07Fév. 2012

Voyage à bord de la goélette Vaïhéré

Si l’on vous propose un jour de choisir votre route vers la baie du Paradis, n’hésitez pas. La meilleure passe par le port d’Ushuaia, aussi loin dans le Sud de l’Equateur que la France en est au Nord.
Nous en avons trouvé l’entrée en posant nos bottes sur le pont de Vaïhéré, accueillis par Eric, Claude, Antoine et Géraldine entre les caisses de 100 kg de bœuf argentin, saumon chilien, lardons et calamars, accompagnés d’autant de légumes et de fruits. Deux demi agneaux nous avaient précédés, déjà capelés sur le portique arrière, prêts pour leur traversée du Drake. Le groupe se forme au fil du jour, jusqu’à sceller une ambiance de franche camaraderie autour d’un verre ambré. Le soleil de Terre de Feu rend la ville argentine d’Ushuaia bien sympathique mais tous les regards sont tournés vers le Sud, quelques 500 milles plus bas.

Merci la dép ! : Une plongée en ligne droite du baromètre nous coince trois jours dans les canaux de Patagonie. En guides avertis, Eric et Antoine profitent de cette contrainte pour nous concocter un parcours extraordinaire dans les îles Wollaston, entre mouillages enchâssés dans de hautes criques de granit et balades dans les tourbières au cours desquelles nous traquons le profil du redouté Cap Horn.

En route vers le Sud : La longue expérience d’Eric nous ouvre une fenêtre parfaite pour traverser. Commence alors la rencontre avec les oiseaux du grand Sud, les albatros, goélands antarctiques, damiers du cap, pétrels tempête. L’émotion monte d’un cran avec la première baleine. Mission sera confiée à l’équipe de quart d’avertir les autres dès l’apparition d’un prochain souffle. Et puis la côte apparaît. Un rêve pour chacun d’entre nous. Viennent les premiers glaçons, les growlers et les icebergs. La mer, la terre et la glace se confondent dans une palette de bleus, de gris et de blancs.  L’atterrissage à Melchior est un choc. Une autre dimension. Notre goélette pénètre dans de véritables calanques de glace jusqu’à rejoindre un petit mouillage qui abritera notre première nuit antarctique, une nuit de jour permanent.

Un moment privilégié d’aventure et d’amitié : Prenez treize copains nouveaux, soudés par un Cap Horn bien franchi, un Drake bien traversé et un répertoire éclectique bien chanté. Plantez les sur un pont pour environ deux semaines. Entourez de larges morceaux de glace que vous aurez auparavant sculptés. Laissez l’imagination agir jusqu’à obtenir un bestiaire complet. Posez le tout sur une mer tantôt d’étain, tantôt levée par des vents bien frais. Quand le déclic des appareils est bien amorcé, retirez de l’eau et faites grimper la bande en prenant soin de bien enfoncer chaque jambe dans la neige molle. Parsemez de manchots hilares qui dévalent sur le ventre les pentes si durement gagnées. Si vous pouvez passer par Lockroy et Charcot, n’hésitez pas à monter tout en haut, le souvenir n’en sera que plus relevé. Quand tout le monde est monté, immortalisez par une photo de groupe. Donnez dix secondes maximum au cadreur pour fixer son plongeon sur la pellicule. Il vous reste à saturer les regards de hautes montagnes jaillies de l’eau, de cascades de glace figées en apesanteur et de rondes collines d’un blanc immaculé.

Qu’il neige, qu’il grêle ou que le soleil inonde la mer, chaque jour eu son lot d’aventures devant des glaces parfois infranchissables, d’émotions devant ces petits manchots blottis contre le ventre de leurs parents, d’excitation devant ces orques venus jouer dans le tableau arrière ou d’adrénaline face à ce léopard des mers réveillé sur sa banquise et qui a raccompagné notre annexe jusqu’au bateau. Ce fut aussi un moment d’amitié, chacun ayant à coeur de faire plaisir à l’autre. Comme quoi, sur Vaïhéré, la recette du bonheur est une spécialité à laquelle Eric, Claude, Antoine et Géraldine excellent.

Un message mis en ligne par Philippe, Thierry, Anne, Jérôme, Serge, Pierre, Jean-Jacques, Yannick, Frédérique et Jean-Yves, à bord de Vaïhéré du 11 décembre 2011 au 6 janvier 2012

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04Fév. 2012

Nos 30ans d’aventures polaires

1982 : prenez beaucoup de rigueur, une bonne dose d’inconscience, deux doigts d’insouciance et plein d’originalité… mélangez le tout au froid, voilà Grand Nord.
« Tu devrais aller faire un tour au Groenland, dans le sud c’est vachement bien pour la rando, et puis c’est libre, aucune contrainte, pas de serpents, pas d’orages, et personne pour te dire là où tu ne dois pas mettre les pieds ! »

C’est un collègue, qui, connaissant notre aversion pour la foudre et les serpents, nous a mis le pied à l’étrier. Anciens fanas de spéléologie, nous cherchions une activité nouvelle. Je décide alors de mettre une petite annonce dans le magasin de sport où je travaillais : recherche équipiers pour partir au Groenland. Trois mois plus tard, nous voici à la tête d’une équipe de 10 personnes prête pour l’expédition Groenland ; l’association Grand Nord était née !

Grand Nord deviendra Grand Nord Grand Large trois ans plus tard, lorsque nous commencerons à proposer des randos en kayak en été dans les régions polaires, et dans les mers chaudes le reste de l’année.

2012 : trente ans plus tard, Grand Nord Grand Large, est devenue LA référence, en matière de voyages polaires. Cela n’est pas un hasard. Nous sommes des passionnés, des spécialistes et des connaisseurs du terrain, ayant une bonne connaissance des mondes polaires et sachant vous conseiller LE voyage, qu’il soit d’une vie ou de simples vacances.

Jean-Luc Albouy, fondateur de Grand Nord Grand Large

03Fév. 2012

Une bouteille à la mer

Mars 1992, cela fait un peu plus d’un an que le régime soviétique s’est effondré ; un matin je reçois une lettre manuscrite en provenance de Magadan : « Notre institut ornithologique ne reçoit plus aucun paiement du gouvernement, pour continuer à financer nos recherches, nous sommes prêts à accueillir des touristes… aidez-nous, vous ne le regretterez pas !… »
Et effectivement nous ne l’avons pas regretté : deux semaines plus tard, nous prenions l’avion pour Magadan, lieu dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à cette fameuse lettre…
Premier choc, l’embarquement (il faut préciser qu’à l’époque, pratiquement aucun Occidental ne pouvait y aller librement ; si le système soviétique s’est effondré, les habitudes, elles, sont bien ancrées) ; à Moscou, nous nous retrouvons seuls Occidentaux, dans un aéroport sans indications, où tout paraît secret. Sur le tarmac, nous errons parmi une bonne centaine d’Antonov et d’Iliouchine alignés « au cordeau » sur quatre rangées, avant de retrouver notre avion. Durant les onze heures de vol qui s’ensuivent, le personnel de bord ne distribue qu’une petite tasse de thé, les Russes, eux, prennent l’avion comme nous le train dans les années 1950, déballant de grosses valises leurs victuailles… Nous, en bons habitués des vols occidentaux nous n’avons rien prévu, mais notre voisin de siège sort de son sac une grosse miche de pain et un énorme bocal de caviar rouge…

Après ces deux semaines de repérage, l’été suivant nous serons les premiers Occidentaux (et probablement toujours les seuls à l’heure actuelle), à descendre la Kolyma en kayak sur près de 1500km. Ce fleuve fut rendu célèbre par ses goulags, situés tout au long de son parcours qui traverse la Sibérie extrême-orientale pratiquement depuis la mer d’Okhost, au sud jusqu’à l’océan Arctique. Très peu de gens sur ce parcours, mais lorsque nous en rencontrons, quelles rencontres inoubliables et incroyables !!!

– Ainsi cette mamie, ancienne apparatchik du parti, qui est, visiblement venue se perdre ici pour se faire oublier, débarquant un soir dans notre camp, un fusil en bandoulière et l’autre sous le bras, une bouteille de vodka dans chacune des deux poches de son pantalon, avec dans la main, un énorme bout de lard gras…- qu’ils étaient bons, ce lard et cette vodka…- vingt ans plus tard, lorsque nous revoyons des participants, ils nous en reparlent encore !

– Ainsi ces militaires-pompiers, chargés de surveiller les éventuels feux de forêt, que nous croisons au détour d’un méandre et qui nous embarquent pour un tour d’hélico où, pour nous faire comprendre comment se conduit un hélico, n’hésitent pas à mettre, en plein vol, l’un d’entre nous aux commandes…

– Ainsi cette falaise, en plein dégel du permafrost, regorgeant d’ossements de mammouths où il n’y a même pas à se baisser pour les ramasser…, seul le poids et l’encombrement nous empêchent de nous charger !

– Ainsi la découverte de ce goulag, où tout semblait figé, comme s’il avait été abandonné juste avant notre arrivée, que d’émotions en arpentant le camp !

– Ainsi cette proposition d’aller pêcher le saumon, où en bons Occidentaux, nous nous pointons avec nos « petits lancers » et où, arrivés au bord de la rivière qui fait bien dix mètres de large, nous découvrons que les saumons qui remontent sont tellement nombreux que l’on pourrait traverser à pieds secs la rivière en leur marchant dessus !

Que de souvenirs de ce « Far East », probablement comparable au Far West dans les années 1920 !

Avec l’Institut de Magadan, nous ferons d’autres voyages à peine croyables…

Le printemps suivant, nous affrétons un Antonov 74 au départ de Moscou ; un biréacteur d’une trentaine de places rien que pour nous, pour aller dans la région de Chersky, sur le delta de la Kolyma. Là, nous restons deux semaines dans un camp Tchoutche, partageant le mode de vie des autochtones, nous déplaçant avec le troupeau. Comme eux, nous mangeons toutes les trois heures du renne rien que du renne, à toutes les sauces, rien d’autre ; un jour pourtant, une des participantes se réjouit : « regarde ces grosses nouilles farcies aux épinards, tu vois bien qu’ils ont autre chose que du renne ! » mais les nouilles aux épinards sont en fait des intestins de renne, avec encore le lichen dans les boyaux !

Jean-Luc et Nicole Albouy

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03Fév. 2012

Rencontre extraordinaire

1989 : Voilà plus d’un mois que nous crapahutons dans la région de Pond Inlet tout au nord de la Terre de Baffin ; plus qu’un groupe et ça sera le retour vers l’Europe. Problème : ce groupe souhaite voir de la glace, beaucoup de glace, ils voulaient monter très au nord pour être sûrs que « ça sera vraiment polaire… » or, de la glace, en cette fin août, Pond en est complètement dépourvu, pas le moindre glaçon, pour un peu on se croirait en Bretagne ! Nous décidons de redescendre plus au sud, dans la région de Broughton Island (à l’époque cette communauté n’a pas encore repris son nom ancestral, Qiqitarjuak), où la configuration de la côte fait une poche retenant toujours la glace.

En fait de la glace à Broughton il y en a encore beaucoup trop, pas question de sortir la moindre embarcation, mais le wildlife officer est optimiste : « Maybe tomorrow ! En attendant vous pouvez allez voir Ataata (mon père), il a un bateau ». C’est ainsi qu’ont commencé quinze années d’une collaboration sans faille. Pauloosie, ce petit homme râblé au visage toujours souriant, père de onze enfants, chasseur, sculpteur, pasteur, conteur, a tout de suite su nous faire découvrir sa culture et nous transmettre la passion qu’il avait pour son pays.

Il était né dans un igloo dans les années 1930, avait tué son premier ours avant l’âge de quinze ans, avait connu l’arrivée des premiers Qallunaq en avion, avait vécu la délocalisation forcée dans les années 1950 et vivait présentement maintenant dans une maison avec tout le confort nécessaire. Avec lui ce sont des centaines de personnes qui découvrirent sa culture et son pays, avec lui nous avons fait les 400 coups, l’hiver en traîneau : renouant avec le passé nous fûmes les premiers Qallunaq à rallier les communautés voisines (distantes de 250 et 500 km !) ; l’été en cabotage, découvrant les ours et les baleines. Invité une année en France, c’est avec kamiks et anorak inuit, qu’il débarqua à Roissy. Pauloosie nous a quitté en 2004, emportant avec lui toute une partie de sa culture.

Jean-Luc et Nicole Albouy

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