En peinture, l’auteur est confronté à la toile blanche. En photographie le procédé est beaucoup plus simple et immédiat : il suffit « d’appuyer » et il y a toujours un résultat : une photographie. D’où ce commentaire mille fois entendu :
« J’ai un appareil qui fait de bonnes photos . »Serait-ce donc cela la définition d’une bonne photographie : une « photocopie » nette de la réalité, avec des couleurs flatteuses?
Pas si sûr, si l’on se réfère aux propos d’un journaliste spécialiste de la presse photo :
« Cependant, force est de constater que si l’on observe de moins en moins de photographies « ratées », on voit de plus en plus de photographies sans intérêt… » A cela une première explication : l’apparente simplicité de l’acte photographique.  Qui épargne le plus souvent à son auteur la vraie et si essentielle question :Pourquoi ai-je envie de réaliser une photographie à cet instant précis ? Quelle est ma motivation ? Quelle est mon intention ? Qu’ai-je envie de transmettre ? A qui ma photographie  est-elle destinée ? D’où ces deux attitudes possibles : Prendre une photo ou faire une photo ?

PRENDRE une photographie c’est actionner l’obturateur quand  l’émotion est présente.  Sans réflexion particulière.  Sans souci de composition, d’éclairage ou de contraste. Avec l’espoir (illusoire…) que l’appareil photo enregistrera l’émotion. « Or, si la photographie produit bien, techniquement parlant des enregistrements, ce qu’elle capte et restitue c’est de la lumière, pas nos perceptions. » (JF Devillers)

FAIRE une photographie c’est, pour le photographe, être dans l’émotion et simultanément dans la capacité à identifier et fusionner les éléments visuels (=composer) qui expriment cette émotion. Et comme le formule si magistralement Henri Cartier- Bresson : « S’il n’y a pas d’émotion, s’il n’y a pas un choc, si on ne réagit pas à la sensibilité. on ne doit pas prendre la photo, c’est la photo qui vous prend. Photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur »

« L’œil » et l’appareil ne « voient » pas  les mêmes choses.

L’ appareil n’est pas porteur d’idée, n’est pas capable d’émotion, ignore tout de la créativité. A la différence du cerveau qui analyse et traite les informations en permanence, élimine les éléments gênants, l’ appareil photo est PASSIF, accorde la même importance à tous les éléments.

La difficulté majeure pour le photographe sera donc de se méfier du « penser voir » et de ce que « voit » effectivement l’appareil photo. La photographie ne correspond en effet pas ce que voit l’œil du photographe mais bien à ce que « voit »  et restitue l’appareil. Et cela bien sûr en fonction des paramètres qu’a plus ou moins maitrisés le photographe (vitesse, diaphragme, profondeur de champ, balance des blancs etc.)

D’où cette formulation sans appel de Frank Horvat, grand photographe de mode : « La photographie est l’art de ne pas presser sur le bouton. »

Au-delà de cette formule volontairement provocatrice  réside une vérité que le photographe doit nécessairement prendre en compte : le hasard peut proposer des opportunités photographiques mais ne peut qu’ exceptionnellement  être à l’origine d’une bonne photographie. D’où la nécessité de poser comme préalable à toute photographie : “Quelle est mon intention photographique? Quels moyens spécifiques vais-je mettre en oeuvre?”

Pour être en résonance avec mon ressenti je choisis une option assez radicale pour affirmer l’architecture exceptionnelle ce ces figures de glace.

J’opte pour la  position allongée , avec un objectif Fish eye sur mon Nikon D3x. La lentille frontale est à quelques centimètres des blocs de glace. D’où une forte « présence » de ces blocs, un éclatement de la perspective et une ligne d’horizon arrondie.  Le ciel est menaçant et j’ai fait le choix du contrejour. Pour magnifier la glace, et mettre en valeur sa brillance et sa transparence. L’histogramme me permet de m’assurer que les hautes lumières gardent des détails. Ma balance des blancs restitue la dominante bleue de la glace. J’attends la survenue des nuages noirs pour dramatiser cette image. Comme si j’étais le témoin privilégié d’une création de la nature.

Avec l’espoir que cette image transmettra mon émotion à celui qui la découvrira.

A l’inverse de l’image précédente, mon ressenti m’amène cette fois à rester à distance de ce joyau glaciaire. J’opte pour une longue focale -300 mm- sur mon D3x. Qui va entrainer un angle de champ réduit et une compression des plans. Pour mettre en valeur cette extraordinaire couleur bleutée, je choisis une composition en « 3 bandes ». Les bandes blanches encadrent et affirment la couleur bleue . La douceur de la lumière diffuse met en valeur la transparente de ce magnifique champignon de glace et la délicatesse des sculptures. Là encore, avec une approche photographique très différente de la précédente, il s’agit pour moi de célébrer la nature artiste.

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