Laponie finlandaise. Février 2012. Dans la douce chaleur du luxueux chalet, c’est l’heure du thé et des récits pittoresques qui ponctuent chaque fin de journée. Et lentement, paisiblement, nous laissons glisser le temps qui, nous l’espérons tous, va dans quelques heures nous offrir à nouveau ces magiques aurores boréales…

Mais c’est aussi le moment où l’on fait partager ses images du jour. Seule Joelle, à la différence de ses sept compagnons d’aventure, a choisi de ne pas faire de photographie. Avec des arguments affirmés . « Je ne souhaite pas voir une nature aussi généreuse aussi vaste dans le cadre réducteur d’un appareil photo. J’imprime mes émotions dans ma tête, sans contraintes de matériel, sans contraintes techniques. »

Je sens alors les regards se poser sur moi et mon statut de photographe professionnel. Comme si les propos de Joelle valaient acte d’accusation. Et, à la surprise générale, j’adhère sans réserve à son élan poétique.

Photographier ne consiste nullement à avoir l’œil rivé au viseur. Bien au contraire. L’image n’a de sens que quand elle est la traduction d’une émotion. Et l’émotion n’a bien évidemment dans sa genèse aucun lien avec la photographie ! Le premier stade  n’est donc nullement technique. Il est celui du ressenti, du plaisir de l’instant. Instant vécu avec intensité. Si le photographe choisit alors de traduire cette émotion en images, il doit immédiatement identifier les éléments qui contribuent  à créer cette émotion. Et à partir de cette analyse il doit choisir les moyens spécifiques à la photographie qui vont concourir à la traduction de cette émotion  en images: choix du point de vue, de la focale, de la vitesse d’obturation, de l’ouverture du diaphragme, de la balance des blancs etc.

« Mais alors ce n’est donc pas le réel que tu photographies ? » me questionne Marie.

« Mais de quel réel me parles-tu ? » Et je propose alors une comparaison des images réalisées par chacun dans la journée. Et, surprise, chacun a perçu et photographié des choses différentes, et avec des rendus bien différents !  Et la satisfaction est loin d’être la règle : les images semblent en effet bien loin des émotions ressenties…

Et c’est là toute la cruauté de la photographie : on voudrait croire qu’elle traduit nos émotions alors que, le plus souvent, elle ne nous propose qu’une décevante restitution du réel. Une conclusion s’impose alors à tous : ne pas confondre prendre une photo et faire une photo. (to take or to make disent les Anglais !) Et si l’on décide vraiment de faire de la photo, cela implique travail et pratique. Qui sont parfaitement compatibles avec l’élan poétique !

Quelques techniques :

Eviter les zones avec forte pollution lumineuse (proximité d’une ville par ex.)

Eviter la pleine lune. Lune montante ou descendante bienvenue pour éclairer le paysage.

Nuit installée et ciel dégagé souhaitables pour bonnes photos d’aurores boréales.

Période favorable : de 21H à 2H en février et mars

Repérage indispensable pour soigner la composition en intégrant des éléments du paysage ou d’architecture.

Assurer la stabilité de la  zone de neige ou sera installé le trépied.

Si propriété privée penser à demander autorisation.

Il est à noter que les aurores sont très intenses lorsqu’une zone active à la surface du soleil est orientée vers la Terre. Les aurores boréales intenses (qui peuvent durer plusieurs mois, voire années) se produisent environ tous les 27 jours, période nécessaire à la rotation du soleil sur lui-même.
-Appareil photo reflex numérique de 8 à 36 millions de pixels

-Cartes mémoire de marque (4à16 Go)

-Objectif grand-angulaire (14 à 35mm en équivalent 24X36 voir Fish eye) avec housse de protection à mettre entre 2 aurores pour protection contre frimas.

-Déclencheur à distance

-Trépied avec protection mousse sur une section pour transport

-Rotule : opter pour une rotule 3 directions. Eviter rotule boule car trop de graisse (qui gèle.) S’assurer qu’elle permet l’orientation du boîtier vers le ciel.

-Batterie de rechange dans poche doudoune

-Désactiver le flash (si flash intégré)

-N’utiliser aucun automatisme. Pas d’autofocus.

-Mise au point manuelle sur l’infini

-Fermer 1 à 2 diaphs au-dessous ouverture maxi. (4 ou 5,6 si maxi=2,8)

-ISO : de 400 à 80o

-Vitesse obturation : de 10 à 30 secondes

Une base : 800ISO f/5,6 15 secondes

-Ne pas dépasser 30 secondes sinon vous n’aurez plus le trajet de l’aurore mais seulement un ciel coloré.

-Enregistrer les fichiers en Raw (bruts)

-Lampe frontale et boussole

-Gants fins et mouffles avec cordons qui les solidarisent avec la doudoune.

-Chaussures chaudes et bien isolées du sol. Vêtements chauds car prévoir des heures à patienter dans des températures basses à très basses.

Thermo avec boisson chaude et chocolat ou autres petits plaisirs bienvenus !

Très important : prévoir des tours de garde pour guetter la survenue des aurores. Et s’assurer que l’on peut s’habiller et se chausser rapidement. Les aurores n’attendent pas et peuvent être lumineuses et…brèves !

Laisser le boitier et l’objectif sur le trépied à l’extérieur. Garder la batterie dans la doudoune ;

Si vous devez entrer dans le chalet avec boitier et objectif, penser à les mettre dans un sac étanche de type congélation et chasser bien l’air avant de le fermer. La condensation se déposera sur le sac et pas sur le matériel.

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