L’histoire se passe il y a quelques années, à une époque où le plan Vigipirate est à son niveau d’alerte le plus élevé. Nous sommes en plein préparatif d’une expé au Spitzberg, que j’organise entre amis…

Chacun des membres de l’expédition prend la responsabilité d’une partie de l’organisation. Un dossier doit être envoyé au gouverneur avant notre départ incluant toute la liste de matériel de sécurité obligatoire (assurance, alarme à ours, fusil, fusée…). Bruno se charge donc d’obtenir un fusil pour se prémunir des ours, comme indiqué sur la liste, et se propose aussi de faire des essais. Mais voilà, cinq jours avant le départ, Bruno m’informe qu’il n’a pas le fusil. Panique, car sans fusil, l’expé tombe à l’eau…. et si au Spitzberg, c’est presque anormal de ne pas avoir son fusil, c’est plutôt l’inverse en France, où il devient extrêmement difficile de se procurer une arme de gros calibre

À la dernière minute, j’en trouve une, et toute contente, je téléphone à Bruno. Un des enfants me répond. Je lui demande à parler à son papa, en me présentant par mon nom complet. Son père prend le combiné et m’écoute sans dire un mot. Dans l’excitation, je lui explique : « J’ai trouvé un fusil, sur les papiers il est marqué arme de guerre, tout est en règle, c’est tout à fait ce que dont nous avons besoin. Nous avons 24 balles cela devrait être suffisant. » Après avoir donné toutes les infos sur le fusil et les balles, la personne au bout du fil, me dit : « Vous voulez parler à qui ? Je crois que vous faites erreur ! » Grand blanc au téléphone. Je sens pâlir mon visage et je raccroche brusquement.

Que vais-je devenir ? Je ne dors pas de la nuit. La police va-t-elle venir chez moi ? Quelqu’un d’autre ? Que faire du fusil ? Encore trois jours d’attente avant le départ. Je cache le fusil en pièces détachées à la cave. Vais-je retrouver mon appartement retourné dans tous les sens lors de mon absence ? Vous n’imaginez pas la peur durant ces trois jours !

Aujourd’hui, je me pose encore la question, j’essaye de me mettre à la place de la personne qui a reçu cet appel téléphonique. A-t-il vraiment pensé à une erreur de numéro de téléphone, à un gag, à la préparation d’un casse… ou d’un acte de terrorisme  ? Dommage que je ne sois pas une petite souris, j’aurais vraiment bien voulu voir sa tête !

Paule Arnal

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