En 1982, Jean-Luc Albouy fonde l’association Grand Nord, dédiée à l’organisation d’expéditions au Groenland, créant ainsi une petite secousse dans le monde du voyage. Cette secousse devient la marque de fabrique de Grand Nord Grand Large qui n’a de cesse depuis d’innover et de défricher de nouveaux territoires. C’est ainsi qu’en 1994, Grand Nord Grand Large organise le premier voyage au pôle Nord à destination du grand public.

Quel est ton souvenir le plus marquant de l’expé de 1994 ?

Deux anecdotes en particulier me reviennent en mémoire. L’une d’elle concerne l’un des participants, Michel. À l’origine, Michel s’était inscrit pour un voyage au pôle Nord très accessible puisqu’il s’agissait pour le groupe de se faire déposer au pôle en hélicoptère. Mais ce voyage ayant dû être annulé, et Michel n’ayant pas précisé sur son bulletin d’inscription qu’il souhaitait faire la dépose en hélico, le pauvre s’est retrouvé inscrit à une expédition à ski depuis la Sibérie, soit 120km à parcourir en autonomie totale. Quand nous nous sommes aperçus de la boulette, il était déjà trop tard et avec beaucoup de courage, Michel a participé à l’expé. Et bien, parole de Michel, il s’agit de son plus beau voyage.
Voyage au pôle Nord / © J.-L. Albouy
La seconde anecdote me concerne directement puisque durant l’expé, je me suis retrouvé à la flotte dès le premier jour. La première fois, il fallait traverser une faille d’eau libre en marchant sur les blocs de glace qui flottaient dessus. J’ai glissé et me suis retrouvé avec de l’eau jusqu’à la taille. Heureusement, j’ai pu me raccrocher à un bloc de glace, mais gelés, mes skis étaient devenus inutilisables et j’ai fini l’expé à pied.

Aujourd’hui, peut-on faire un voyage au pôle Nord ?

Bien sûr, en vingt ans on est passé d’une expédition confidentielle à tous les voyages imaginables. On a ainsi assisté à des parachutages, des atterrissages en hélicoptère, de la plongée… et même en 2006 à la première édition du marathon du pôle Nord !

Voyage au pôle Nord / © J.-L. Albouy

Avec Grand Nord Grand Large, vous pouvez atteindre le pôle Nord en hélicoptère, à ski ou en bateau. Le raid à ski «PNG ou le dernier degré de la planète» vous permet de revivre les grandes expéditions réalisées au début du XXe siècle par l’Américan Robert Peary (1909), le Norvégien Roald Amundsen et l’Italien Umberto Nobile (1926).  Depuis la base polaire de Barneo, vous rejoignez le pôle Nord à ski en 6 ou 7 jours. Chaque soir, vous dressez les tentes sur la glace dérivante dans un décor irréel, éclairé par le disque blafard du soleil, où tout paraît se mouvoir au ralenti.

Vous pouvez aussi embarquer à bord du brise-glace 50 ans de Victoire pour une croisière aussi exclusive que magique. À vous le fracas belliqueux de la coque contre la glace, tandis que le monstre d’acier et ses 74 000 chevaux se fraient un chemin dans la banquise de l’Arctique. À vous aussi le tintement festif de coupes de champagne s’entrechoquant gaiement tandis que vous fêterez votre arrivée au pôle Nord.

Y croisera-t-on le père Noël ?

Moi en tout cas, je ne l’ai pas vu, mais peut-être était-il en vacances. D’une manière générale, les rencontres sont rares au pôle Nord : l’ours blanc ne se déplace qu’exceptionnellement au-delà de 82° de latitude Nord et hormis quelques espèces d’oiseaux et de temps en temps un phoque ou un renard, on ne voit guère d’animaux. On vient surtout ici pour faire un voyage exclusif, vivre une expérience unique, pouvoir dire : « Je reviens du pôle Nord » et voir les yeux de ses interlocuteurs s’arrondir de surprise.

Cela dit, vous pouvez quand même observer des animaux durant votre voyage au pôle Nord, si vous choisissez de le faire à bord d’un brise-glace. Vous ferez en effet escale sur l’une des 191 îles de l’archipel François-Joseph, à 900 km du pôle. En 1994, les Russes en ont fait un parc naturel de 42 000 km² englobant les îles et les eaux alentour. Il n’est pas rare d’y croiser des ours blancs, des renards polaires, des morses, des phoques du Groenland, barbu ou marbré… et plus de quarante espèces d’oiseaux.

Voyage au pôle Nord / © J.-L. Albouy

Dans 20 ans, fera-t-on toujours des voyages au pôle Nord ?

Pas sûr, la surface de la calotte polaire arctique est de plus en plus réduite. 2012 fut l’année du record de fonte des glaces, avec une banquise réduite à 3,4 millions de km². Et non seulement la banquise recule au pôle Nord, mais son épaisseur s’amoindrit continuellement.  Entre 2003 et 2012, le volume des glaces arctiques a diminué de 36% en automne et de 9% en hiver.

À ce rythme, qui sait combien de temps encore les pilotes d’hélicoptères parviendront à se poser sur la banquise du pôle Nord ; combien d’année nous séparent de la disparition de l’ours polaire en Arctique ; quand exactement les richesses fossiles de l’Arctique en feront la proie des pays limitrophes (Canada, USA, Danemark, Russie et Norvège) ?

 

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