Pour en savoir plus sur les manchots, rien de tel qu’un éclairage scientifique ! Nous sommes allés à la rencontre de Céline Clément- Chastel, chargée de médiation scientifique au CNRS

Pourquoi avoir choisi d’étudier les manchots ?
Depuis des années maintenant, mon travail est de faire connaître les régions polaires à différents publics et de promouvoir les sciences polaires. Les animaux sont une excellente porte d’entrée vers ce milieu, surtout pour les plus jeunes. Les manchots sont des oiseaux emblématiques du Grand Sud. Très attachants, leur étude est passionnante et permet, en plus, d’aborder des questions plus larges sur l’évolution du climat, la biodiversité et la protection de l’environnement. Ces questions cruciales pour l’avenir de nos enfants me tiennent particulièrement à cœur.

© Polarnews/Oceanwide Expeditions - Manchot empereur - Antarctique

Quelle est votre expérience sur le terrain ?
J’ai beaucoup travaillé sur des oiseaux en Arctique (mouettes tridactyles, guillemots, mergules nains) pour étudier leurs capacités d’adaptation aux variations de leur environnement. J’ai également eu la chance de me rendre en péninsule Antarctique pour faire des comptages d’oiseaux et de mammifères marins, dans le passage de Drake, et de participer au recensement de colonies à terre sur la terre de Graham.

© Kristof Chemineau - Manchot Papou sur l île Danco - Antarctique

Les manchots sont-il sensibles aux changements climatiques ?
D’une manière générale, le recensement et le dénombrement des colonies de manchots se sont intensifiés au niveau international pour donner une meilleure idée des dynamiques démographiques. De nombreuses colonies de manchots empereurs ont d’ailleurs été découvertes puis suivies grâce à l’imagerie satellite. Ces études ont malheureusement permis de dire que de nombreuses espèces sont en déclin. Celui-ci est dû à une difficulté d’adaptation aux variations climatiques. Des projections ont même été faites qui annoncent la disparition des manchots empereurs d’ici 100 ans !

Quelle est l’évolution de nos connaissances depuis les 20 dernières années ?
En complément des études démographiques à long terme, les différentes espèces de manchots ont été étudiées sous toutes les coutures par des équipes de scientifiques de nombreuses nations ! Plusieurs laboratoires français participent à cet effort de recherche.

L’évolution des technologies a permis de suivre les oiseaux en mer, hors des colonies ! Des appareils électroniques de plus en plus petits permettent de savoir où les oiseaux vont pendant l’hiver, en dehors de la période de reproduction. Par exemple, les gorfous, des populations différentes (Crozet et Kerguelen) de cette même espèce, ne fréquentent pas du tout les mêmes eaux. Cela peut avoir de l’importance pour appliquer des mesures de protection sur cette espèce. Savez-vous qu’il existe des rapts de poussins ? Si, si, véridique ! Des manchots empereurs, en échec reproducteur, kidnappent/adoptent temporairement des poussins qui ne sont pas à eux. Ce serait une conséquence inattendue du maintien des taux élevés de prolactine (l’hormone des soins parentaux). Les femelles de manchots Adélie acceptent des copulations avec des mâles en échange de cailloux pour le nid. Autre découverte étonnante, une molécule est produite dans le ventre du manchot royal mâle. C’est un peptide antibactérien et antifongique qui lui permet de conserver sur plusieurs semaines les aliments qu’il rapporte à son petit. Elle est notamment active contre certains micro-organismes pathogènes pour l’homme !

Des études d’acoustique ont déterminé que malgré le brouhaha incessant des énormes colonies, les manchots, de retour d’une partie de pêche de plusieurs semaines, sont capables de reconnaître leur partenaire et leur poussin dans des foules de plusieurs milliers d’individus qui chantent ! En effet, chaque individu possède une signature vocale unique 🙂

Par ailleurs, la fameuse « tortue » que forment les manchots quand le blizzard est trop fort, permet d’économiser de l’énergie (mesurée par des enregistreurs d’activité). Sa formation est basée sur des stratégies individuelles égoïstes pour l’accès à la chaleur.

Avez-vous une petite anecdote atypique ?
Ha ha bien sûr ! Alors que je posais pour une photo devant une colonie de manchots Adélie, un individu, très curieux, s’est approché du photographe et a donné un coup de bec sur l’objectif !! Nous aurions peut-être dû demander une autorisation pour la photo ?!