Skipper depuis l’âge de 19 ans, Olivier Pitras sillonne la planète à la voile depuis une vingtaine d’années. Tour à tour en Patagonie, Terre de Feu, Alaska, Canada, Sibérie, Groenland, il est désormais établi sur la côte sauvage du Troms au nord de la Norvège. Chaque hiver, il accompagne les croisières Grand Nord Grand Large à la rencontre des baleines.

(c) Asgeir Helgestad/Visitnorway.com

Comment est née cette passion pour la navigation en régions polaires ?

 

Je ne pensais pas spécialement aller dans les glaces quand j’ai débuté la navigation. Puis, un jour, j’ai mis les voiles vers la Patagonie et j’y ai vu mon premier iceberg. Aujourd’hui, je vis dans les fjords et c’est devenu pour moi un environnement essentiel. Ma passion, c’est de faire vivre à mon tour ce dépaysement à des personnes avides de découvertes, qui n’auraient pas eu les moyens de se rendre dans ces régions polaires autrement. C’est un grand plaisir de les y accompagner, et de leur faire rencontrer, notamment, des baleines, objets de fascination au même titre que les ours polaires.

(c) Anaëlle Salmon

 

Que viennent faire les baleines en Norvège ?

 

Chaque année, entre novembre et janvier, la côte sauvage du Troms en Norvège du Nord devient un couloir migratoire par lequel passent d’énormes quantités de harengs. Cette ressource providentielle attire les orques et les baleines en grand nombre. Les cétacés se donnent rendez-vous dans les fjords norvégiens où l’on peut alors les observer. A cette période, les aurores boréales peuvent également être de la partie, ce qui rend le spectacle encore plus magique.

(c) Anaëlle Salmon

 

Quels cétacés peut-on observer dans la région ?

 

Pendant de longues heures, vous pouvez côtoyer baleines à bosse, orques, rorquals communs et lagénorhynques qui entrent dans les fjords. Nos croisières permettent d’approfondir vos connaissances sur les cétacés grâce aux conférences données à bord par un biologiste spécialiste des mammifères marins. Vous apprendrez notamment à reconnaître les différentes espèces rencontrées : sachez par exemple que les lagénorhynques ressemblent à des dauphins, ou que l’orientation de l’aileron des orques permet de distinguer un mâle d’une femelle ! Depuis notre voilier, le Southern Star, vous êtes aussi à l’endroit idéal pour observer loutres, phoques, aigles et une multitude d’oiseaux marins qui passent l’hiver en Norvège.

(c) Anaëlle Salmon

 

Le changement climatique a-t-il un impact sur le phénomène de migration ?

 

Bien sûr, toute la vie aquatique est très sensible au changement climatique. L’habitat des espèces marines est directement défini par la température de l’eau. Si celle-ci augmente, tout change : les sources d’alimentation se raréfient, les cycles migratoires se font de plus en plus longs et épuisants, les cétacés sont désorientés et le tracé de leur parcours chamboulé. Le réchauffement est donc critique, notamment dans l’Antarctique où il réduit la quantité de krill, base de l’alimentation des baleines qui en ingèrent plusieurs tonnes par jour afin d’engraisser avant d’entreprendre leur migration. Enfin, cette situation provoque également l’acidification des océans qui met en péril la reproduction des cétacés. En effet, les femelles ne mettent bas que lorsque les conditions pour alimenter leurs petits sont favorables.

(c) Marten Bril