Le peuple Nenets est constitué d’éleveurs de rennes nomades. Évoluant dans les paysages grandioses de l’Oural polaire entre la Russie et la Sibérie, ils ont à cœur de préserver leur mode de vie et leurs traditions ancestrales. Chaque année, en avril, c’est la transhumance : une expérience insolite et authentique que nous vous proposons de partager avec eux lors d’un voyage exceptionnel. Francesc Bailón Trueba, anthropologue et guide Grand Nord Grand Large sur cette destination, a accepté de répondre à nos questions.

 

À quoi ressemble la vie des éleveurs Nenets en 2019 ?

 

Les Nenets, qui signifient « êtres humains » dans leur langue maternelle (N’enytsia vada) constituent un groupe ethnique de près de 45 000 personnes, dont environ 10 000 ont encore un mode de vie traditionnel. Ils sont nomades et vivent dans la toundra arctique sibérienne, et ils se consacrent à la domestication et à l’entretien des 300 000 rennes qu’ils possèdent. Tout au long de l’année, ils migrent (iamda) vers le nord au printemps, puis vers le sud en automne, et en hiver, jusqu’au cercle polaire arctique. Ils suivent leurs troupeaux et sont toujours à la recherche de nouveaux pâturages (les lichens composent essentiellement l’alimentation du renne) dans la toundra et dans la taïga.

Les Nenets dépendent beaucoup des rennes avec lesquels ils entretiennent une relation particulière : la tradition dit que le renne a été offert à des êtres humains pour leur subsistance, et en retour, les êtres humains les accompagnent dans leurs migrations saisonnières pour les protéger des prédateurs.

Les familles Nenets sont organisées autour de « brigades » (équipes), composées d’animaux et de personnes. Il s’agit d’un terme hérité de l’ex-Union soviétique. Le chef est en charge du camp et prend les décisions les plus importantes.

 

(c) Francesc Baillon

 

Quel est le plus étonnant dans la vie, les traditions et les attitudes des Nenets ?

 

La vie nomade traditionnelle, en parfaite symbiose avec la nature, est en tant qu’êtres humains l’état le plus pur qui soit. Sans aucun doute, vivre avec ce peuple, au milieu de la toundra, est une expérience de vie incroyable réelle qu’il est difficile de retrouver dans d’autres parties de la planète.

À Salekhard, une ville moderne de pétroliers, il y a des maisons, des voitures, des infrastructures. Juste à côté dans la toundra, il est étonnant de se dire que vivent là des éleveurs traditionnels, avec des rennes, des tchoums (logements sous tentes), à peine une motoneige (en fonction des familles, c’est une nouveauté), des peaux travaillées à la main, et surtout, des conditions de vie difficiles, notamment l’hiver. C’est un contraste saisissant, mais c’est aussi un choix conscient et assumé. Les Nenets connaissent le monde moderne mais ils préfèrent le leur. Pour nous, voyageurs, il serait difficile de passer 4 mois sans voir d’autres personnes, sans communication, dans la blancheur éthérée de la toundra.

Il faut être très souple et garder l’esprit ouvert pendant un séjour chez les Nenets. Il faut vivre comme eux : se lever à la même heure, manger ensemble, partir travailler au même moment – même si cette heure change d’une journée à l’autre. C’est nécessaire pour avoir une vraie expérience d’immersion chez les Nenets.

 

(c) Francesc Baillon

 

Quel est ton meilleur souvenir de voyage chez les Nenets ?

 

L’un de mes meilleurs souvenirs est sans aucun doute la première fois que je les ai aperçus dans les montagnes de l’Oural. Immédiatement, j’ai pensé que j’étais revenu 2 000 ans en arrière, et que j’avais devant moi des gens qui vivaient vraiment au « bout du monde » (d’ailleurs, c’est la traduction de « Yamal » dans la langue locale).

Quand le chef de brigade a appris que j’étais anthropologue et que j’enseignais à l’université, il m’a demandé de ne jamais écrire ce que je *pensais* des Nenets, mais seulement ce que je *voyais* et ce que je *ressentais* : les Nenets sont transparents, ils apprécient par-dessus tout la vérité. Il n’y a jamais de meilleure explication pour les Européens que l’immersion et le vécu.

J’ai reçu un cadeau d’une famille Nenets quand je suis revenu au Yamal, une ceinture de cérémonie. C’est un élément culturel très important pour les hommes, qui assurent aussi un rôle protecteur. Ils me l’ont offert en signe de gratitude, pour avoir été avec eux, avoir partagé et apprécié leur vie dans la toundra et sous leur tchoum, mais aussi c’est parce que j’ai tenu ma promesse d’y retourner chaque année. Tous les ans, ma famille d’accueil me donne une petite amulette en bois de renne pour me protéger.

 

(c) Francesc Baillon

 

Le changement climatique a-t-il un impact sur eux ? 

 

Le réchauffement climatique et les irrégularités du climat peuvent influencer tout d’abord les lichens, la nourriture principale des rennes : en 2014, environ 12 000 rennes sont morts affamés pour cette raison. De plus, le pergélisol, lors du dégivrage, provoque l’apparition d’énormes trous qui expulsent le méthane.

La découverte de réserves de pétrole et de gaz dans les années 1970 dans la région du Yamal a mené à la construction d’infrastructures sur le territoire traditionnel des Nenets (la péninsule de Yamal produit environ 90% du gaz naturel dans toute la Russie, presque le quart de la production mondiale de gaz). Cela a eu évidemment un impact sur les pâturages, les routes de transhumance et la vie traditionnelle de ce groupe ethnique.

Cela signifie aussi, parfois, que certains Nenets décident d’abandonner leur vie de nomades pour aller vivre dans les villes…

 

(c) Francesc Baillon

 

> Départ le 14 avril pour vivre la transhumance des Nenets

 

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