Tarik Chekchak, chef d’expédition sur la croisière Tour du Spitzberg et île Blanche, est un habitué des lieux. Anciennement Directeur Sciences et Environnement de l’équipe Cousteau, il est aujourd’hui directeur du pôle Biomimétisme de l’Institut des Futurs Souhaitables et expert associé du cabinet d’études PIKAIA. Il guide depuis plus de 20 ans nos voyages polaires et s’engage jour après jour pour une transition écologique durable.

 

 

– Tarik, qu’évoque pour vous le Spitzberg ?

 

J’ai la chance de me rendre au Spitzberg chaque année depuis plus de 20 ans, sans avoir jamais raté une saison estivale. J’ai donc une relation très particulière avec ce magnifique archipel polaire que je considère un peu comme mon pays de cœur. On y retrouve une diversité d’ambiances et de paysages polaires uniques au monde. C’est une palette de tout ce que l’Arctique héberge comme merveilles naturelles, de la glace à la faune en passant bien sûr par la flore si particulière du Haut-Arctique, et qui nécessite d’avoir l’humilité de se mettre à genoux pour l’admirer.

Le Spitzberg, c’est aussi un livre ouvert de géologie et d’écologie arctique, un terrain de jeu idéal pour l’exploration de la banquise, et la possibilité de rencontres privilégiées avec l’ours blanc. C’est, pendant l’été, une atmosphère de premier matin du monde.

 

– Quels sont généralement les moments forts de cette croisière ?

 

Le Spitzberg, ce sont des chapitres qui s’ouvrent et se referment au fur et à mesure que le bateau navigue. De la côte ouest à la face est, on change souvent d’ambiance, entre montagnes pointues, déserts polaires et glaciers tout en rondeur. La première belle rencontre avec un ours polaire est bien sûr un moment inoubliable, mais il est loin d’être le seul. L’exploration toujours difficile de la banquise est certainement mémorable, tout comme la découverte des incroyables falaises d’Alkfjelet dans le détroit de l’Hinlopen. On y croise l’une des plus belles colonies de guillemots de tout l’Arctique selon moi. Au Spitzberg, la biologie et la géologie s’allient pour stimuler tous nos sens.

 

– Vous êtes spécialiste du biomimétisme. Comment cela s’applique-t-il au Spitzberg ?

 

Comme tous les milieux dits « extrêmes », les régions polaires conduisent à des adaptations très ingénieuses de la nature qui peuvent nous aider nous-mêmes à résoudre des challenges liés à la transition écologique. Qui mieux que les animaux ou les plantes polaires pourraient nous servir de guides pour mieux gérer notre énergie par exemple ? Saviez-vous que les ours polaires étaient en réalité noirs et non pas blancs ? En effet si leur fourrure semble blanche, leur peau est noire, et ceci dans un intérêt bien précis. Comme vous le savez cet incroyable prédateur chasse les phoques sur la banquise, la couleur blanche est donc particulièrement adaptée pour ne pas être repéré par sa proie. Oui mais voilà, le blanc réfléchit l’énergie bien plus qu’une surface sombre qui, elle, l’absorbe. L’évolution des ours polaires a permis de résoudre ce paradoxe. Les poils des ours qui sont creux ont d’excellentes propriétés de transmission optique. Donc les rayons lumineux et leur chaleur sont transmis jusqu’à la peau noire par les poils. Cet ingénieux système a été étudié par Mohamed Qasim Khattab à Vienne et a conduit à repenser l’isolation thermique des bâtiments avec captation de l’énergie solaire hivernale.

 

– Si vous aviez à faire passer un message sur le changement climatique dans des régions comme le Spitzberg, que diriez-vous ?

 

Nous avons encore le privilège d’observer l’ours polaire patrouillant la banquise estivale. Mais cette glace de mer pourvoyeuse de vie est en train de disparaître sous nos yeux à une vitesse effarante ! Avant la fin du siècle, il est probable que nous ayons des étés complètement libres de glaces. C’est une catastrophe pour les ours polaires mais aussi pour tout un écosystème lié à la banquise. Sa disparition influence également la circulation des courants marins, et donc, in fine, nos climats tempérés. Tout est lié, et ce qui se passe aux pôles nous influencera où que nous soyons sur Terre. Mais au-delà de ces scénarios peu réjouissants, je pense que chaque personne qui a le privilège de venir au Spitzberg doit avant tout témoigner et mobiliser pour changer de cap. Il est temps de prendre nos rêves de transition écologique au sérieux et d’avoir une stratégie ! Si venir au Spitzberg contribue à cette mise en action, alors cela aura été du bon carbone dépensé pour venir…

 

> Retrouvez la croisière Tour du Spitzberg et île Blanche sur Grand Nord Grand Large

 

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