Le 16 septembre, je prenais l’avion pour l’Islande et passais une soirée à Reykjavik. Pur hasard ? Peut-être pas. Coïncidence ? En tout cas, en longeant le cimetière, en passant devant l’église catholique, mon esprit était forcément dirigé vers J-B Charcot et ses équipiers perdus en mer le 16 septembre 1936. Le lendemain 17, nous traversions l’Islande pour Akureyri. Puis, ce fut l’embarquement à bord du tout nouveau bateau d’expédition « Hondius ». Récit d’une aventure hors-norme, de l’Islande au Groenland, sur les traces de Charcot.

Fjord rouge, Scoresby Sund – ©Marie Foucard

Le Hondius… Un bateau magnifique, avec la classification glace maximum, qui permet des navigations en toute sécurité dans les régions polaires. Le design n’est pas en reste avec une décoration soignée liée aux zones de navigation. Une fois installés à bord, nous descendons le fjord de Eyjafjöróur et nos pensées s’envolent vers le Commandant Charcot et le « Pourquoi-Pas ? » qui quittait Akureyri chaque fois qu’il se rendait au Groenland, et ce depuis l’été 1928.

Une fois le fjord d’Akureyri dépassé, ce sont 24 heures de navigation qui nous permettent de gagner le Groenland, navigant à travers le fameux détroit de Danemark – qui se révèle être clément cette fois-ci ! Les premiers icebergs surgissent alors à l’horizon. Puis, c’est l’arrivée sur les côtes groenlandaises, magnifiques. Le Scoresby Sund est l’un des plus grands fjords du monde (près de 350 km de long), Ittoqqortoormiit, le village le plus septentrional de la côte Est du Groenland et, la côte de Blosseville, la plus haute chaîne de montagnes de l’île.

Le Groenland, terre de tous les superlatifs, forme un tableau naturel extraordinaire : fjords, sommets culminant à 2000 m, glaciers, icebergs et blocs de glace… paysages auxquels l’automne ajoute ses chaudes couleurs, rouge cramoisi et acajou, rappelant celles des montagnes environnantes. La navigation le long du « fjord Rouge » en est juste sublimée.

Scoresby Sund – ©Marie Foucard

Cette croisière au Groenland, nous fait voir les choses en grand et nous conduit sur les traces de l’explorateur qui cartographia la région ente 1925 et 1932. Sur les cartes de la région, nous trouvons la « Terre Charcot » (Charcot Land) au fin fond du Scoresby, le glacier Charcotgletscher qui débouche dans l’anse de « Port Charcot » (Charcot Havn) à l’extrême Est de l’île de Milne Land. L’explorateur a donc bien laissé son empreinte sur le paysage. En effet, le Commandant Charcot parcouru plusieurs fois la région, cartographiant, assurant la logistique pour des équipes de scientifiques. En 1925, J-B Charcot devint le 1er explorateur français à se rendre sur la côte orientale du Groenland. Il découvre la mission danoise de la baie Rosenvinge, au cap Tobin, qui prendra tout d’abord le nom danois de « Scoresbysund »  avant d’être baptisée de son nom groenlandais : « Ittoqqortoormiit » qui veut dire « là où il y a beaucoup de tourbe ».

Village d’Ittoqqortoormit – ©Marie Foucard

Ensuite, à partir de 1930, Charcot prépara la deuxième Année Polaire Internationale et installa une station de recherche française dans le Scoresby Sund. La mission, fondée par  le danois Ejnar Mikkelsen, réunissait soixante-huit Inuit originaires de Tasiilaq et quelques familles de la côte Ouest. La mission était composée de deux cabanes, de hangars où sèchent les peaux d’ours et de la grande maison cossue destinée au futur gouverneur, attendu avec le navire ravitailleur danois.

Maison d’Ittoqqortoormit avec peau d’ours en train de sécher – ©Marie Foucard

Le point culminant de notre navigation est bien sûr l’escale à Ittoqqortoormit. L’isolement de cette poignée de groenlandais (moins de 400 habitants) est presque total. Les peaux d’ours et de bœufs musqués continuent de sécher sur les rambardes qui entourent les maisons. J’en compte au moins cinq. Puis, en longeant l’école, je découvre par hasard (ou est-ce encore une coïncidence ?) un monument en pierre avec une plaque scellée, gravée en français :

A la Mémoire
De l’Explorateur français J-B Charcot
Et de ses compagnons
Disparus en mer le 16 septembre 1936
En souvenir de ses compagnes au Groenland
De 1925 à 1936
______
Hommage du Gouvernement Danois
De l’Université de Paris
Du Museum National d’Histoire Naturelle
Et des Anciens du « Pourquoi Pas ?

Monument dédié aux disparus du « Pourquoi-Pas ? » du Commandant Charcot – ©Marie Foucard

Cette stèle a été érigée au cœur de la communauté, en mémoire aux disparus du « Pourquoi-pas ? ». Sur l’autre versant du village, en traversant la rivière qui sépare Ittoqqortoormit en deux, se trouve le buste du danois Ejnar Mikkelsen (surnommé Miki). Il parcourut la côte orientale à partir de 1900 et devint inspecteur du Groenland oriental. Au cours de leurs explorations, Mikkelsen et Charcot se croisèrent et nouèrent une profonde amitié. Ejnar Mikkelsen et son épouse reçurent Jean-Baptiste Charcot à Copenhague, lors d’une réception pour les 60 ans de l’explorateur, et lui offrirent un tableau réalisé par le peintre danois Emmanuel Petersen.

Buste de Ejnar Mikkelsen, gouverneur de la côte orientale du Groenland – ©Marie Foucard

A présent, ces deux amis se font face tout en dominant la communauté d’Ittoqqortoormit, comme « scellés » par le destin de la communauté.

Lorsque nous quittons les côtes groenlandaises, des aurores boréales, deux soirs de suite, illuminent le ciel du détroit de Danemark.
En journée, ce sont les souffles des baleines à bosses qui nous accompagnent jusque dans la baie de Husavik et les rivages de Grimsey, pour clôturer le spectacle de ce voyage par un magnifique ballet.

Vous aussi, partez sur les traces du commandant Charcot lors d’un voyage au Groenland, là où l’immensité des paysages vous subjuguera.

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