Le blog de glace – Grand Nord Grand Large

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Chroniques arctiques

24Jan. 2019

Rencontre avec Michel, installé à Tinitequilaaq, au Groënland

Avant de partir en territoire inuit hors des sentiers battus, plongez vous dans ces Questions/Réponses avec Michel, installé à Tinitequilaaq depuis des années !

Depuis quand vis-tu au Groenland, à Tinitequilaaq ?

Je vis dans le petit village de Tiniteteqilaaq (80 habitants environ) depuis 2001.

Peux-tu nous dire ce qui t’a poussé à partir à Tinitequilaaq, et surtout, pourquoi tu n’en es jamais reparti ?

Mon arrivée au Groenland résulte en fait d’un énorme hasard ! Un contact que j’avais sur place m’a proposé de venir passer un mois dans le pays pour m’occuper de ses chiens de traîneau tandis que lui partait en vacances en France. J’ai tout de suite aimé l’endroit. A l’époque, je faisais de la photo et l’idée m’est venue de faire un reportage photo sur ce petit village de Tinitequilaaq, ses habitants et leur mode vie. Je suis donc resté 1 an à travailler sur ce projet et, à l’issue de cette période, j’ai décidé de prolonger mon séjour… et j’y suis encore !

Mes déplacements en traîneau à chiens

Mes déplacements en traîneau à chiens

On me pose souvent la question : « Pourquoi as-tu choisi de vivre au Groenland ? Et plus précisément dans un village si isolé, toi qui est originaire de Marseille ? »

Pour être honnête, les raisons sont multiples ! D’abord, je n’ai rien contre la France, c’est un pays que j’aime, simplement, la vie dans ce village me correspond mieux. La nature grandiose, sa puissance, les paysages fantastiques et époustouflants, les Inuits et leur culture, une grande tranquillité et liberté, sont les raisons principales de mon choix.

Depuis 18 ans que je vis sur Tinitequilaaq, je suis retourné une fois en France pour une petite dizaine de jours, c’était bien, mais le Groenland m’a beaucoup manqué…

A quoi ressemble ta vie aujourd’hui au Groenland ?

Je vis comme les Inuits ! Je chasse pour me nourrir, tout comme mes proches et amis ainsi que mes 16 chiens de traîneau. La chasse, qui est un mode de vie ancestral au Groenland, est le seul moyen d’avoir de la nourriture fraîche et adaptée au climat. En revanche, elle ne permet pas de régler financièrement ses dépenses : il faut avoir une autre activité. Comme plusieurs Inuits, cette activité est le tourisme. Le tourisme me permet de montrer cet endroit magnifique aux visiteurs. Notre région est l’une des plus belles du Groenland. C’est aussi un échange agréable car les voyageurs français que je reçois me parlent de la France, ce qui est assez plaisant et me convient parfaitement !

As-tu remarqué depuis ton arrivée des changements au niveau du climat ?

Depuis 18 ans que je vis ici, le climat a bien changé ! La tendance est indéniablement au réchauffement : les fjords gèlent moins ou plus tardivement. D’une manière générale, les saisons sont un peu décalées. L’hiver, le temps est stable, puis ne l’est plus : on a parfois beaucoup de glaces dérivantes qui peuvent perturber la navigation ; ou au contraire, très peu de glaces. C’est un peu déconcertant et imprévisible. Il faut donc être bien attentif, mais ce n’est pas du tout un problème car ici nous vivons au jour le jour et c’est la nature qui dicte nos décisions. Le plus gros changement sur Tinitequilaaq étant sur le fjord Sermilik, qui est immense, et qui chaque hiver gèle systématiquement. Ce n’est plus le cas à présent, seuls les fjords annexes au Sermilik gèlent.

Comment les Inuits voient-ils le changement climatique ?

Nos amis journalistes qui viennent l’été veulent souvent savoir si les changements climatiques qui sont très visibles au Groenland, rendent la vie plus difficile aux inuits. Les inuits n’ont pas tendance à se plaindre, ce n’est pas dans leur culture. Ils s’adaptent aux changements, il fait un peu plus chaud et ce n’est pas vraiment un problème pour eux… Lorsqu’on évolue à traîneau sur des fjords gelés, en montagne ou que l’on navigue entre les icebergs et les glaces dérivantes du Pôle nord, il a toujours fallu s’adapter au terrain et au climat…

Les inuits qui ne sont plus sur le terrain et qui ont une vie plus « aseptisée » avec un travail dans un bureau par exemple et des horaires fixes pourront peut être se plaindre un peu qu’il fait trop chaud l’été…

Peux-tu nous confier le meilleur souvenir de ta vie Groenlandaise ?

Mes très bons souvenirs ici sont multiples, en citer un en particulier semble difficile ! Un bon souvenir qui me revient : c’était un jour de décembre où tous les chasseurs chassaient en bateau juste devant le village. Tout le monde était réuni dans une toute petite zone d’une bonne centaine de mètres carrés, car le fjord Sermilik était très encombré en glace et allait devenir inaccessible durant de nombreuses semaines suite à l’englacement qui augmentait heure après heure. Nous étions tous en attente de voir un phoque depuis des heures et la nuit commençait à tomber. Puis, un gros phoque barbu a fait surface, mais il était très loin et faisait surface par intermittence, caché derrière une glace. J’ai tenté ma chance pour le prendre et j’ai fait un tir exceptionnel, peut-être mon meilleur tir à ce jour ! De retour au village, les autres chasseurs m’ont ensuite aidé à le ramener près de chez moi, car ce phoque ne faisait pas loin de 300 kg. Puis, il y a eu un partage de la viande avec tout le monde. Ce fut le dernier phoque pris durant plusieurs semaines, ce partage ayant d’autant plus d’importance. Un très bon souvenir parmi tant d’autres !

As-tu des anecdotes à nous donner ?

Lorsque je suis arrivé sur Tinitequilaaq, j’avais été surpris par la réponse d’une Inuit qui avait du mal à se rappeler de son âge, lorsque je lui ai posé la question. Quelques années plus tard, il en était de même pour moi, le temps n’a pas la même influence ici.

Un point intéressant est aussi la très grande tolérance des Inuits, tous sujets confondus. C’est très surprenant pour un endroit si isolé et quand même bien coupé des médias. C’est, je pense, dû à un trait de leur culture.

Un autre point impressionnant est la résistance et la ténacité des Inuits à ne jamais baisser les bras.

Une autre anecdote ! Un jour, suite à une tempête, le bateau d’un chasseur avait coulé au port, et celui-ci était hilare. J’étais interloqué de le voir ainsi  rire du fait que son bateau avec tout son matériel se trouvait au fond de l’eau. La situation ne lui était pas plaisante du tout, mais il préférait en rire, c’était bien plus positif pour lui et ceux qui étaient là, que de se plaindre. Il a ensuite tout mis hors de l’eau et tout remis en état.

Il faut vraiment que ce soit très grave pour qu’un Inuit n’ait pas le sourire, ce sont des gens très souriants, ils rient beaucoup…et de tout !

Alors… Une envie de voyage au Groenland, à la découverte du mode de vie des Inuits ?

08Nov. 2018

Expédition en kayak à la découverte du Spitzberg

Les blogueurs de Trip in Wild sont partis avec Grand Nord Grand Large pour une aventure hors du commun, au cœur de l’Isfjord. Voici leur récit.

« Longyearbyen, 78°N, dernière ville située dans l’arctique extrême, à 1300 kilomètres du pôle Nord. Nos pieds foulent pour la première fois l’île du Spitzberg, une terre sauvage et préservée, généralement décrite comme le royaume des ours blanc.

Front de glace en kayak, Spitzberg

Front de glace en kayak, Spitzberg

 

Ici, il règne une ambiance de bout du monde, où il n’est pas rare de croiser un habitant armé, où encore un renne se promenant autour des maisons de cette ville du grand nord. Mais notre aventure ne se trouve pas là. Il suffit de faire quelques pas pour se retrouver au cœur d’une nature brute, constituée de toundra et de montagnes. Les routes sont inexistantes au Spitzberg, c’est donc en bateau que les déplacements se réalisent ! Cette expédition se fera en itinérance sur des kayaks, au cœur du gigantesque Isfjord. Après une présentation du matériel d’expédition, les kayaks sont chargés dans le navire qui se rend à Pyramiden, une ville fantôme russe.

Notre Bivouac, au Spitzberg

Notre Bivouac, Spitzberg

 

Le bateau nous dépose au lieu de notre premier campement, situé en face du Templefjord. La vie au camp est toute une organisation : plusieurs tentes deux places, une tente mess qui sert de cuisine et de salon, les kayaks, et puis des vivres pour tenir plusieurs jours en autonomie.

L’ours polaire est un animal omniprésent lorsqu’on vit en extérieur : chaque déplacement se fait en groupe, et des tours de garde sont effectués durant les heures de sommeil.

Deux heures par personne, passées à surveiller qu’aucun ours ne s’approche des tentes. Deux heures à scruter les horizons à la jumelle. Deux heures à profiter pleinement de l’instant, entourés de ces paysages qui paraissent encore inexplorés.

La contemplation est infinie

La contemplation est infinie

 

Les montagnes du Templefjord sont sans doute les plus majestueuses qui nous a été donné de voir, avec leur forme si caractéristique, donnant leur nom au fjord. Randonner et partir à l’ascension de l’un de ces sommets est une expérience unique. Nous suivons notre guide, et cherchons les meilleurs passages dans ce décor où les sentiers n’existent pas.

Du haut de ces montagnes du bout du monde, le panorama sur les glaciers est imprenable. Sous nos pieds, les falaises, où de nombreux oiseaux migrateurs nichent, tombent à pic.

Fulmar boréal, macareux moine et oie offrent un spectacle continu. La végétation est extrêmement rare et précieuse, sur ce sol qui est quasiment gelé en permanence. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, entre deux pierres, plusieurs variétés de fleurs survivent durant des semaines, grâce à la pollinisation naturelle due aux vents.

Falaises du Templefjord, Spitzberg

Falaises du Templefjord, Spitzberg

 

Au détour d’une colline, les rennes veillent. Des animaux très curieux de la présence de l’homme, ce qui amène à des rencontres inoubliables, comme ce jour où un jeune nous a approché à quelques centimètres seulement… ! Chaque jour apporte son lot d’émotions, mais celui qui a été le plus fort est certainement le jour où nous avons quitté le camp, pour pagayer au plus près des glaciers ! A bord des kayaks, nous évoluons au cœur de ce décor arctique, entourés d’icebergs, qui crépitent au contact de l’eau de mer… Le mur de glace de l’impressionnant glacier Tuna, haut de plusieurs mètres, n’est plus qu’à quelques dizaines de mètres.

Glacier de Tuna, Spitzberg

Glacier de Tuna, Spitzberg

 

Soudain, au détour d’un bloc de glace, un phoque barbu nous observe, avec ses grands yeux et son regard interrogatif. Évoluer, avancer, découvrir une région en kayak, à la force de nos bras, et sans polluer, prend tout son sens à cette latitude, là où les eaux subissent le réchauffement climatique.

Le kayak est une façon douce de voyager, qui permet de se focaliser sur une région en prenant le temps, plutôt que de courir pour voir tout un pays : découvrir moins, mais mieux.

Ce séjour passé sur les terres sauvages du Spitzberg fut une aventure inoubliable, des moments uniques et des rencontres avec la faune sauvage, qui resteront gravés dans nos mémoires pendant très longtemps… ! »

Rives du Templefjord, Spitzberg

Rives du Templefjord, Spitzberg

 

Si vous souhaitez, à votre tour, partir à la découverte des glaciers de l’Isfjord, vivez une expérience unique en kayak au Spitzberg.

30Mar. 2017

4 bonnes raisons de partir au Groenland Sud

© Ombline Chabasseur

 

Première destination historique de Grand Nord Grand Large, le Groenland est souvent évoqué comme le « continent blanc ». Pourtant, l’été, la région sud se pare de mille et une couleurs grâce à un climat très doux pour l’Arctique. Voici 4 bonnes raisons de découvrir ce que la côte sud a à vous offrir. Lire la suite…

29Mar. 2017

Rencontre avec Ramon, explorateur au Groenland

© Ramon Larramundi

Ramon Larramendi, explorateur espagnol spécialiste du Groenland, s’est prêté au jeu de l’interview pour Grand Nord Grand Large. Il revient sur son expérience de l’Arctique et sur les projets qu’il y mènent depuis maintenant 30 ans. Lire la suite…

01Mar. 2017

Rencontre avec Jean-Baptiste, skipper du voilier Algol

Skipper du voilier Algol

Ancien officier de la marine marchande, Jean-Baptiste a navigué sur des cargos, des porte-conteneurs et des bananiers, des côtes d’Amérique du Nord en Atlantique jusqu’aux îles Kerguelen en Terres australes et antarctiques françaises. En 1979, il participe à un chantier naval pour construire des voiliers en acier. Le premier est Algol : il navigue avec ce bateau depuis lors, notamment au Spitzberg ou au Groenland avec Grand Nord Grand Large.

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16Déc. 2016

L’Antarctique va accueillir le plus grand sanctuaire marin au monde

En tant que membre de l’association IAATO (Association Internationale des Tour-opérateurs en Antarctique) Grand Nord Grand Large a le plaisir d’annoncer la création d’une nouvelle Aire Marine Protégée (AMP) de 1,55 million de km2 qui vient d’être créée dans la mer de Ross. Il s’agira de la plus grande AMP du monde.

L'Ortelius en mer de Ross, Antarctique - Oceanwide Expeditions

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07Déc. 2016

Rencontre avec Patrice Parenton, guide arctique

Depuis plus de 30 ans, Patrice pratique et encadre avec passion des activités de pleine nature. La rencontre avec Grand Nord Grand Large est une évidence : il devient guide arctique en 2008. Portrait d’un passionné touche-à-tout qui a des fourmis plein les jambes.

Patrice Parenton
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02Déc. 2016

Les pieds sur terre avec Nicolas Vanier

Saviez-vous qu’une forêt de la taille d’un à deux terrains de football disparaît toutes les deux secondes ? Que certains oiseaux migrateurs peuvent parcourir 3000 km sans jamais se poser ? Plus qu’une encyclopédie, Les Pieds sur Terre est une invitation à s’étonner. 

Les pieds sur terre, Nicolas VanierLes pieds sur terre, Nicolas Vanier

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03Oct. 2016

Etes-vous prêt à faire escale au bout du monde ?

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Escales au bout du monde… un titre enchanteur. Stéphanie Légeron et Bruno Marie signent là un livre historique, qui en fera rêver plus d’un. A l’occasion des 60 ans des TAAF, acronyme barbare qui désigne une réalité bien plus poétique, les Terres australes et antarctiques françaises, Stéphanie et Bruno embarquent à bord du Marion Dufresne en novembre 2013, direction les îles Kerguelen.
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22Août. 2016

Le chant des bélugas

Parti en juillet sur le voyage « Découverte en kayak à Alkhornet », je mettais pour la première fois le pied en terre polaire. L’occasion de découvrir des paysages austères et grandioses, essentiellement constitués de roche et d’eau, saupoudrés par endroits d’un peu de toundra.

Le Chant des Bélugas

Lors de ce voyage, féérie de tous les instants, un moment particulier a été remarquable. Dans le fjord de Trygamna, où nos tentes sont installées sur la plage, nous sommes réveillés par le désormais traditionnel « bouli bouli bouli bouli ! » de notre (super) guide Gwen. Mais ce matin-là, mes oreilles encore endormies perçoivent un autre appel : « lébélougasonla ! ». Le temps d’analyser, je m’habille en vitesse et me précipite hors de la tente. Le spectacle est saisissant !

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