Le blog de glace – Grand Nord Grand Large

Plus de 30 ans d'aventures polaires

Chroniques arctiques

03Déc. 2013

Rencontre exceptionnelle avec les manchots empereurs

Weddell sea emperor colony © oceanwide expeditions 2

Le 27 novembre dernier les passagers de l’Ortelius ont pu découvrir une colonie de manchots empereurs.

Lire la suite…

25Avr. 2012

Crash à Resolute


Cape Dorset, dimanche, 15h – Susan revient sans son amie qu’elle devait récupérer à l’avion de 14h45 : black-out total, plus aucun avion ne décolle, le 737 de la First Air s’est « abîmé » à l’atterrissage sur Resolute, mais ils n’en ont pas dit plus à l’aéroport. On allume la télé : c’est presque en boucle que CBC (2), ), passe des photos de l’accident , la trace d’un impact sur le sol minéral et des centaines de morceaux déchiquetés, c’est tout ce qui reste du 737 de la First Air ; et pourtant, bientôt on apprend que sur les quinze personnes que transportait l’avion, trois ont survécu, plus incroyable encore, lorsque les premiers sauveteurs sont arrivés, deux des rescapés marchaient, hagards, au milieu des débris !

Nous logeons dans l’appartement de Susan ; c’est dans l’aéroport, alors que nous nous mettions en quête d’un endroit pour dormir, que Susan est venue au devant de nous.
– Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?…
– J’organise une « party » demain soir, si vous voulez bien nous faire le plaisir de vous joindre à nous, je suis responsable de l’infirmerie de Cape Dorset, ma maison est facile à trouver, j’habite à l’infirmerie !(3)

– Oui mais nous c’est dès ce soir que l’on cherche un endroit pour dormir !
– Ok, no problem, je vous emmène dans ma voiture !
Tout l’après-midi ce ne sont que des va-et-vient pour commenter le crash : Susan connaît bien sûr ses collègues de Resolute Bay, elles sont en premières lignes pour les secours ; chaque communauté est distante de plusieurs centaines de kilomètres, mais tout le monde se connaît, tous ont un ami, un parent qui était dans l’avion.
Deux jours plus tard, nous sommes à l’aéroport : direction Coral Harbour (4) ; pour y aller, un avion de la First Air, bien moins sophistiqué qu’un 737, qui devra se poser « à vue », si la météo le permet !
Pas la peine de vous faire un dessin, quand il décolle, on entendrait une mouche voler dans l’avion… enfin, presque, car le bruit des moteurs ronflant à pleine puissance recouvre tout !

(2)– Grâce au câble (Iqaluit) et aux satellites, toutes les chaînes du “sud” arrivent au Nunavut :
– CBC, TV5 Monde… arrivent dans beaucoup de foyers : les « realities shows » et les grandes séries américaines, n’ont plus de secret pour les Inuit. Toutes ces chaînes déversent un flot continu de pubs et de sollicitations, totalement inaccessibles à beaucoup d’Inuit bien isolés dans les communautés. Quelles peuvent en être les influences ? La réponse est difficile, mais pas sans conséquences.
– IBC. (Inuit Broadcasting Corporation) émet en inuktitut depuis Iqaluit, tandis que TVNC (Télévision Northern Canada) et APTN (Aboriginal Peoples Télévision Network) sont deux chaînes nationales qui s’adressent plus particulièrement aux autochtones du Grand Nord.

Toutes les chaînes en provenance du « sud », déversent un flot continu de pubs et de sollicitations totalement inaccessibles à beaucoup d’Inuit bien isolés dans les communautés ; quelles peuvent en être les influences ? En tout cas, pas sans conséquences, mais la réponse est difficile.
– Les DVD occupent également une place très importante dans les foyers, la Northern et la Co-op (les deux grandes surfaces que l’on trouve dans chaque communauté), proposent chacune un très grand choix de films en location.

(3)-Les infirmières sont la base du système de santé du Nunavut.
Une statistique datant de l’année 2000, démontre que cette année-là, 16% des enfants du Nunavut avaient rencontré un médecin (67% pour l’ensemble du Canada) alors que 52% avaient rencontré une infirmière (20% pour l’ensemble du Canada).
Actuellement on compte 318 infirmières pouvant exercer au Nunavut, dont seulement une quinzaine est Inuit. Comparé aux années 1990, où on ne comptait qu’une à deux infirmières par communauté (elles sont maintenant une dizaine), c’est une évolution non négligeable, qui reflète en même temps la difficulté qu’ont les Inuit à s’assumer au quotidien (ils doivent, par exemple, passer chaque jour au dispensaire pour une simple prise de médicament).

(4) Comme pour la plupart des communautés (exception pour Iqaluit, Resolute Bay, Rankin Inlet où ils peuvent se poser aux instruments), les avions se posent à vue en fonction de la météo ; en clair, outre les sensations, vous n’êtes jamais certains, tant que vous n’êtes pas posé, d’atterrir où vous le souhaitiez ; et dans ce cas, tous les frais d’hébergement et de repas sont à votre charge !

23Avr. 2012

Un dimanche de Pâques sur la banquise

La banquise est un véritable lien social entre les villages inuits du Nord Groenland. Sa disparition et sa faible épaisseur menacent ce lien si fragile tissé en hiver entre toutes les petites communautés de l’Arctique.

Lors des fêtes de Pâques, la communauté de Kullorsuaq se retrouve sur la banquise pour participer à de multiples activités :

Championnat de football sur 40 cm de glace

L’hiver et le printemps sont les seuls moments où l’on peut organiser des matchs de foot à Kullorsuaq. En effet, le petit village situé à flanc d’une île ne possède pas le moindre terrain plat. Donc, dès que la banquise est suffisamment solide pour courir dessus, tout le monde échange les kamiks contre les chaussures à crampons et se précipite sur la glace ! La nuit noir, les -35°C, la neige, la glace… rien n’empêche les championnats de foot ici au Groenland.

Course de traîneau

10 attelages de 12 à 15 chiens sur la ligne de départ… Le coup de fusil claque et c’est la ruée pour 30 km de course effrénée dans 20 cm de poudreuse bien fraîche. Ici aussi on ne plaisante pas. Tout les chasseurs et participant était présents la veille pour dessiner la ligne de départ. Pas question qu’un concurrent soit favorisé, c’est une affaire d’homme ! Le premier, Martika, mettra moins d’une heure et dix minutes pour parcourir la distance…

Kaffemik

C’est l’activité principale… on passe de maison en maison afin de souhaiter : « Poskimi Pilluarit ! » ; « Joyeuses Pâques », on boit du café, du thé, on mange des petits gâteaux, du flétan, du narval, des mamakouyouk (bonbons) et on passe chez le voisin… Ici aussi Pâques est la grande fête du diabète !

17Avr. 2012

Exploration pour expédition polaire et Nuna Nutaat

La baie de Melville est l’endroit le plus englacé du Groenland. C’est le grand déversoir de la calotte glaciaire. Un front glaciaire quasiment continu de plus de 200 km de long s’étend entre les petits villages de Kullorsuaq au sud et de Savisivik au nord. A cette époque de l’année, la baie est entièrement couverte d’une épaisse banquise et ceci, jusqu’à la fin juin.

C’est ici, à Kullorsuaq (74°34′ N – 57°13′ W) que nous organisons des raids à ski et en traineau avec l’aide et la participation des chasseurs, ces derniers chasseurs du pôle dont l’expertise de la banquise côtière et les compétences de naturalistes sont sans pareil.

Le but de ces derniers jours était de reconnaître l’accès à la calotte glaciaire depuis Kullorsuaq pour une éventuelle expédition à ski et traîneau. Les cartes et les images satellites laissaient à penser que l’accès par le bout de terre Nunatakavsak était la meilleure option (un accès terrestre et une pente douce).

Nous sommes donc partis en traîneau explorer cette partie de la baie de Melville avec les meilleurs chasseurs de la région : Peter Arounsen, Ole Eliassen et Ole Jensen.

Cette année la banquise est exceptionnellement plate et épaisse (entre 40 cm et 1m). Mais ces derniers jours la météo n’est pas avec nous, une épaisse couche de poudreuse recouvre la glace et le brouillard est dense. La banquise côtière est une zone particulièrement dangereuse, nous ne nous y aventurerions pas sans la connaissance de nos chasseurs.  Il faut savoir reconnaître les zones où le courant trop fort a rongé la banquise par en dessous et la rend particulièrement fragile. Recouverte de cette couche de neige tout semble identique, mais à certains endroits, la banquise ne fait pas plus de 5cm d’épaisseur.

La navigation devient plus complexe à partir du moment où nous ne pouvons plus nous fier aux cartes papier et aux cartes électronique du GPS, nous naviguons « à vue » dans cet épais brouillard. Les cartes ne nous servent plus car nous avançons dans une zone non cartographiée. Chaque île que nous rencontrons est une découverte.

Et comme nous l’avais annoncé Peter, qui va régulièrement pêcher et chasser aux abords de cette région, le glacier a énormément reculé. Cette langue de terre justement nommée Nunatakavsak qui devait nous servir de « tremplin » pour monter sur la calotte glaciaire, est maintenant une île. Le glacier est éloigné de plus de 6 km. Toute la topographie a changé. Certaines terres sont devenues des îles et de nouvelles terres (Nuna Nutaat) apparaissent. Ici, les Groenlandais les appellent Saharanguaq (les mignons petits Sahara) car ces terres nouvellement sorties de sous le glacier sont complètement désolées et sans la moindre végétation ou même le moindre lichen.

Toute la cartographie de la région est à refaire et nous devons repenser nos projets d’expédition… Pour l’instant, d’après la carte, nous sommes sous le glacier depuis 2 heures… alors qu’il n’y a toujours rien à l’horizon.

Mais comme le disent Peter et les deux Ole,  réchauffement climatique ou recul normal des glaciers, l’important c’est de savoir s’adapter à cette nouvelle situation sans attendre.

Comme eux, nous devons nous adapter à cette topographie changeante.

Nico Dubreuil

29Mar. 2012

Réchauffement climatique et tourisme

Depuis 15 ans, à Ilulissat, la banquise ne prend plus. Il faut remonter bien plus au Nord du Groenland pour avoir une banquise stable et fiable. Donc, depuis 15 ans, le petit port d’Ilulissat est libre, libre de laisser passer les pécheurs et les petits navires en bois qui emmènent les touristes près des plus grand icebergs de l’hémisphère Nord. Bloqués par la moraine sous-marine juste devant Sermermiut, à 10 minutes d’Ilulissat, ils attendent sagement les bateaux et posent sous les belles lumières du grand Nord.

Mais cette année a été « exceptionnellement » froide… aussi froide qu’il y a 15 ans! Un phénomène météorologique!
Donc, la glace a complètement envahie la baie de Disko, on pourrait se prendre à rêver d’aller d’Ilulissat à Qeqertarsuaq à pied sec! Les géants de glace, ces icebergs de plus de 2 km de longs, restent bloqué par la banquise. Mais, cette banquise ne permet pas pour autant d’être parcouru en traineau, trop morcelée, trop instable, trop dangereuse!
Donc, cette année, les icebergs d’Ilulissat, restent à portée de vue, mais sont totalement inaccessible aux touristes!

Les tours en traineau dans la montagne fonctionne à plein régime, mais il sont moins rémunérateur, plus exigeant pour les participants et plus compliqués à organiser.
Les agences de tourisme à Ilulissat attendent donc patiemment la reprise du réchauffement climatique pour pouvoir retourner voir les icebergs en bateau…

Une petite vidéo du soir qui tombe sur l’entrée du port…


Ilulissat le Soir par Grand_Nord_Grand_Large

Nicolas Dubreuil

30Août. 2011

Retour de chasse

 

Iqaluit, jeudi, 22h
photo5.jpg Le ciel devient rougeoyant, la jetée encore déserte il y a cinq minutes se remplit brusquement de voitures. Il en arrive de toutes parts et toutes convergent vers la jetée qui bientôt n’a plus rien à envier à la place de la Concorde un grand jour d’embouteillage, sauf que maintenant ce sont des piétons qui débarquent, se faufilent entre les voitures et finissent de tout bloquer.

Lire la suite…