Le blog de glace – Grand Nord Grand Large

Plus de 30 ans d'aventures polaires

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21Oct. 2019

Direction Ittoqqortoormit, au Groenland

Le 16 septembre, je prenais l’avion pour l’Islande et passais une soirée à Reykjavik. Pur hasard ? Peut-être pas. Coïncidence ? En tout cas, en longeant le cimetière, en passant devant l’église catholique, mon esprit était forcément dirigé vers J-B Charcot et ses équipiers perdus en mer le 16 septembre 1936. Le lendemain 17, nous traversions l’Islande pour Akureyri. Puis, ce fut l’embarquement à bord du tout nouveau bateau d’expédition « Hondius ». Récit d’une aventure hors-norme, de l’Islande au Groenland, sur les traces de Charcot.

Fjord rouge, Scoresby Sund – ©Marie Foucard

Le Hondius… Un bateau magnifique, avec la classification glace maximum, qui permet des navigations en toute sécurité dans les régions polaires. Le design n’est pas en reste avec une décoration soignée liée aux zones de navigation. Une fois installés à bord, nous descendons le fjord de Eyjafjöróur et nos pensées s’envolent vers le Commandant Charcot et le « Pourquoi-Pas ? » qui quittait Akureyri chaque fois qu’il se rendait au Groenland, et ce depuis l’été 1928.

Une fois le fjord d’Akureyri dépassé, ce sont 24 heures de navigation qui nous permettent de gagner le Groenland, navigant à travers le fameux détroit de Danemark – qui se révèle être clément cette fois-ci ! Les premiers icebergs surgissent alors à l’horizon. Puis, c’est l’arrivée sur les côtes groenlandaises, magnifiques. Le Scoresby Sund est l’un des plus grands fjords du monde (près de 350 km de long), Ittoqqortoormiit, le village le plus septentrional de la côte Est du Groenland et, la côte de Blosseville, la plus haute chaîne de montagnes de l’île.

Le Groenland, terre de tous les superlatifs, forme un tableau naturel extraordinaire : fjords, sommets culminant à 2000 m, glaciers, icebergs et blocs de glace… paysages auxquels l’automne ajoute ses chaudes couleurs, rouge cramoisi et acajou, rappelant celles des montagnes environnantes. La navigation le long du « fjord Rouge » en est juste sublimée.

Scoresby Sund – ©Marie Foucard

Cette croisière au Groenland, nous fait voir les choses en grand et nous conduit sur les traces de l’explorateur qui cartographia la région ente 1925 et 1932. Sur les cartes de la région, nous trouvons la « Terre Charcot » (Charcot Land) au fin fond du Scoresby, le glacier Charcotgletscher qui débouche dans l’anse de « Port Charcot » (Charcot Havn) à l’extrême Est de l’île de Milne Land. L’explorateur a donc bien laissé son empreinte sur le paysage. En effet, le Commandant Charcot parcouru plusieurs fois la région, cartographiant, assurant la logistique pour des équipes de scientifiques. En 1925, J-B Charcot devint le 1er explorateur français à se rendre sur la côte orientale du Groenland. Il découvre la mission danoise de la baie Rosenvinge, au cap Tobin, qui prendra tout d’abord le nom danois de « Scoresbysund »  avant d’être baptisée de son nom groenlandais : « Ittoqqortoormiit » qui veut dire « là où il y a beaucoup de tourbe ».

Village d’Ittoqqortoormit – ©Marie Foucard

Ensuite, à partir de 1930, Charcot prépara la deuxième Année Polaire Internationale et installa une station de recherche française dans le Scoresby Sund. La mission, fondée par  le danois Ejnar Mikkelsen, réunissait soixante-huit Inuit originaires de Tasiilaq et quelques familles de la côte Ouest. La mission était composée de deux cabanes, de hangars où sèchent les peaux d’ours et de la grande maison cossue destinée au futur gouverneur, attendu avec le navire ravitailleur danois.

Maison d’Ittoqqortoormit avec peau d’ours en train de sécher – ©Marie Foucard

Le point culminant de notre navigation est bien sûr l’escale à Ittoqqortoormit. L’isolement de cette poignée de groenlandais (moins de 400 habitants) est presque total. Les peaux d’ours et de bœufs musqués continuent de sécher sur les rambardes qui entourent les maisons. J’en compte au moins cinq. Puis, en longeant l’école, je découvre par hasard (ou est-ce encore une coïncidence ?) un monument en pierre avec une plaque scellée, gravée en français :

A la Mémoire
De l’Explorateur français J-B Charcot
Et de ses compagnons
Disparus en mer le 16 septembre 1936
En souvenir de ses compagnes au Groenland
De 1925 à 1936
______
Hommage du Gouvernement Danois
De l’Université de Paris
Du Museum National d’Histoire Naturelle
Et des Anciens du « Pourquoi Pas ?

Monument dédié aux disparus du « Pourquoi-Pas ? » du Commandant Charcot – ©Marie Foucard

Cette stèle a été érigée au cœur de la communauté, en mémoire aux disparus du « Pourquoi-pas ? ». Sur l’autre versant du village, en traversant la rivière qui sépare Ittoqqortoormit en deux, se trouve le buste du danois Ejnar Mikkelsen (surnommé Miki). Il parcourut la côte orientale à partir de 1900 et devint inspecteur du Groenland oriental. Au cours de leurs explorations, Mikkelsen et Charcot se croisèrent et nouèrent une profonde amitié. Ejnar Mikkelsen et son épouse reçurent Jean-Baptiste Charcot à Copenhague, lors d’une réception pour les 60 ans de l’explorateur, et lui offrirent un tableau réalisé par le peintre danois Emmanuel Petersen.

Buste de Ejnar Mikkelsen, gouverneur de la côte orientale du Groenland – ©Marie Foucard

A présent, ces deux amis se font face tout en dominant la communauté d’Ittoqqortoormit, comme « scellés » par le destin de la communauté.

Lorsque nous quittons les côtes groenlandaises, des aurores boréales, deux soirs de suite, illuminent le ciel du détroit de Danemark.
En journée, ce sont les souffles des baleines à bosses qui nous accompagnent jusque dans la baie de Husavik et les rivages de Grimsey, pour clôturer le spectacle de ce voyage par un magnifique ballet.

Vous aussi, partez sur les traces du commandant Charcot lors d’un voyage au Groenland, là où l’immensité des paysages vous subjuguera.

24Jan. 2019

Rencontre avec Michel, installé à Tinitequilaaq, au Groënland

Avant de partir en territoire inuit hors des sentiers battus, plongez vous dans ces Questions/Réponses avec Michel, installé à Tinitequilaaq depuis des années !

Depuis quand vis-tu au Groenland, à Tinitequilaaq ?

Je vis dans le petit village de Tiniteteqilaaq (80 habitants environ) depuis 2001.

Peux-tu nous dire ce qui t’a poussé à partir à Tinitequilaaq, et surtout, pourquoi tu n’en es jamais reparti ?

Mon arrivée au Groenland résulte en fait d’un énorme hasard ! Un contact que j’avais sur place m’a proposé de venir passer un mois dans le pays pour m’occuper de ses chiens de traîneau tandis que lui partait en vacances en France. J’ai tout de suite aimé l’endroit. A l’époque, je faisais de la photo et l’idée m’est venue de faire un reportage photo sur ce petit village de Tinitequilaaq, ses habitants et leur mode vie. Je suis donc resté 1 an à travailler sur ce projet et, à l’issue de cette période, j’ai décidé de prolonger mon séjour… et j’y suis encore !

Mes déplacements en traîneau à chiens

Mes déplacements en traîneau à chiens

On me pose souvent la question : « Pourquoi as-tu choisi de vivre au Groenland ? Et plus précisément dans un village si isolé, toi qui est originaire de Marseille ? »

Pour être honnête, les raisons sont multiples ! D’abord, je n’ai rien contre la France, c’est un pays que j’aime, simplement, la vie dans ce village me correspond mieux. La nature grandiose, sa puissance, les paysages fantastiques et époustouflants, les Inuits et leur culture, une grande tranquillité et liberté, sont les raisons principales de mon choix.

Depuis 18 ans que je vis sur Tinitequilaaq, je suis retourné une fois en France pour une petite dizaine de jours, c’était bien, mais le Groenland m’a beaucoup manqué…

A quoi ressemble ta vie aujourd’hui au Groenland ?

Je vis comme les Inuits ! Je chasse pour me nourrir, tout comme mes proches et amis ainsi que mes 16 chiens de traîneau. La chasse, qui est un mode de vie ancestral au Groenland, est le seul moyen d’avoir de la nourriture fraîche et adaptée au climat. En revanche, elle ne permet pas de régler financièrement ses dépenses : il faut avoir une autre activité. Comme plusieurs Inuits, cette activité est le tourisme. Le tourisme me permet de montrer cet endroit magnifique aux visiteurs. Notre région est l’une des plus belles du Groenland. C’est aussi un échange agréable car les voyageurs français que je reçois me parlent de la France, ce qui est assez plaisant et me convient parfaitement !

As-tu remarqué depuis ton arrivée des changements au niveau du climat ?

Depuis 18 ans que je vis ici, le climat a bien changé ! La tendance est indéniablement au réchauffement : les fjords gèlent moins ou plus tardivement. D’une manière générale, les saisons sont un peu décalées. L’hiver, le temps est stable, puis ne l’est plus : on a parfois beaucoup de glaces dérivantes qui peuvent perturber la navigation ; ou au contraire, très peu de glaces. C’est un peu déconcertant et imprévisible. Il faut donc être bien attentif, mais ce n’est pas du tout un problème car ici nous vivons au jour le jour et c’est la nature qui dicte nos décisions. Le plus gros changement sur Tinitequilaaq étant sur le fjord Sermilik, qui est immense, et qui chaque hiver gèle systématiquement. Ce n’est plus le cas à présent, seuls les fjords annexes au Sermilik gèlent.

Comment les Inuits voient-ils le changement climatique ?

Nos amis journalistes qui viennent l’été veulent souvent savoir si les changements climatiques qui sont très visibles au Groenland, rendent la vie plus difficile aux inuits. Les inuits n’ont pas tendance à se plaindre, ce n’est pas dans leur culture. Ils s’adaptent aux changements, il fait un peu plus chaud et ce n’est pas vraiment un problème pour eux… Lorsqu’on évolue à traîneau sur des fjords gelés, en montagne ou que l’on navigue entre les icebergs et les glaces dérivantes du Pôle nord, il a toujours fallu s’adapter au terrain et au climat…

Les inuits qui ne sont plus sur le terrain et qui ont une vie plus « aseptisée » avec un travail dans un bureau par exemple et des horaires fixes pourront peut être se plaindre un peu qu’il fait trop chaud l’été…

Peux-tu nous confier le meilleur souvenir de ta vie Groenlandaise ?

Mes très bons souvenirs ici sont multiples, en citer un en particulier semble difficile ! Un bon souvenir qui me revient : c’était un jour de décembre où tous les chasseurs chassaient en bateau juste devant le village. Tout le monde était réuni dans une toute petite zone d’une bonne centaine de mètres carrés, car le fjord Sermilik était très encombré en glace et allait devenir inaccessible durant de nombreuses semaines suite à l’englacement qui augmentait heure après heure. Nous étions tous en attente de voir un phoque depuis des heures et la nuit commençait à tomber. Puis, un gros phoque barbu a fait surface, mais il était très loin et faisait surface par intermittence, caché derrière une glace. J’ai tenté ma chance pour le prendre et j’ai fait un tir exceptionnel, peut-être mon meilleur tir à ce jour ! De retour au village, les autres chasseurs m’ont ensuite aidé à le ramener près de chez moi, car ce phoque ne faisait pas loin de 300 kg. Puis, il y a eu un partage de la viande avec tout le monde. Ce fut le dernier phoque pris durant plusieurs semaines, ce partage ayant d’autant plus d’importance. Un très bon souvenir parmi tant d’autres !

As-tu des anecdotes à nous donner ?

Lorsque je suis arrivé sur Tinitequilaaq, j’avais été surpris par la réponse d’une Inuit qui avait du mal à se rappeler de son âge, lorsque je lui ai posé la question. Quelques années plus tard, il en était de même pour moi, le temps n’a pas la même influence ici.

Un point intéressant est aussi la très grande tolérance des Inuits, tous sujets confondus. C’est très surprenant pour un endroit si isolé et quand même bien coupé des médias. C’est, je pense, dû à un trait de leur culture.

Un autre point impressionnant est la résistance et la ténacité des Inuits à ne jamais baisser les bras.

Une autre anecdote ! Un jour, suite à une tempête, le bateau d’un chasseur avait coulé au port, et celui-ci était hilare. J’étais interloqué de le voir ainsi  rire du fait que son bateau avec tout son matériel se trouvait au fond de l’eau. La situation ne lui était pas plaisante du tout, mais il préférait en rire, c’était bien plus positif pour lui et ceux qui étaient là, que de se plaindre. Il a ensuite tout mis hors de l’eau et tout remis en état.

Il faut vraiment que ce soit très grave pour qu’un Inuit n’ait pas le sourire, ce sont des gens très souriants, ils rient beaucoup…et de tout !

Alors… Une envie de voyage au Groenland, à la découverte du mode de vie des Inuits ?

14Nov. 2017

Arrivée de l’hiver au Groenland

Pierre Auzias, français vivant à Uummannaq, nous raconte de façon très poétique l’arrivée de l’hiver au Groenland.

« Nous plongeons désormais dans les  « temps sombres ». Ainsi les Groenlandais nomment la nuit polaire. Le soleil s’est retiré le 9 novembre dernier derrière les hauts massifs montagneux de la péninsule de Nussuaq. Il ne réapparaîtra que le 4 février prochain. La lumière bascule quotidiennement vers le sud-ouest et dans un mois il fera nuit noire.

Déjà les narvals ont été vus sous nos maisons en fin de semaine dernière. Cela devrait également signifier que la banquise sera là un peu plus tôt que d’ habitude. L’escale des oies canadiennes, rentrant sur l’Europe, à la mi-août, a aussi été observée avec un bon mois d’avance sur les temps affichés les années précédentes.

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21Juin. 2017

Solstice d’été au Groenland

Fête Nationale au Groenland © http://www.greenland.com

Aujourd’hui nous avons une pensée toute particulière pour les Groenlandais. A quelques jours de la fête nationale, le 18 juin, un séisme de magnitude 4,0 a secoué les terres du Groenland, formant un tsunami. Le village de Nuugaatsiaq, sur la côte ouest, a été le plus durement touché par la vague (avec des dégâts matériel et humains). C’est dans ce contexte que cette année les Groenlandais organisent leur fête nationale.

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30Mar. 2017

4 bonnes raisons de partir au Groenland Sud

© Ombline Chabasseur

 

Première destination historique de Grand Nord Grand Large, le Groenland est souvent évoqué comme le « continent blanc ». Pourtant, l’été, la région sud se pare de mille et une couleurs grâce à un climat très doux pour l’Arctique. Voici 4 bonnes raisons de découvrir ce que la côte sud a à vous offrir. Lire la suite…

29Mar. 2017

Rencontre avec Ramon, explorateur au Groenland

© Ramon Larramundi

Ramon Larramendi, explorateur espagnol spécialiste du Groenland, s’est prêté au jeu de l’interview pour Grand Nord Grand Large. Il revient sur son expérience de l’Arctique et sur les projets qu’il y mènent depuis maintenant 30 ans. Lire la suite…

24Jan. 2017

Objectif Aventure 2017 – Rencontre avec le réalisateur de « L’appel de la banquise »

Tout quitter pour partir là-bas, au Groenland, vivre la vie de chasseur inuit, seul aux prises avec la banquise et ses lois. Un véritable défi pour Mike Magidson, un Californien habitué au confort urbain. Une expérience de (sur)vie, rude et austère, et un hommage au mode de vie inuit. 

Mike Magidson

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30Déc. 2016

A la rencontre des chasseurs pêcheurs de la côte ouest du Groenland

© Eric Chazal - Qeqertaq petite communauté de pêcheurs en Baie de Disko - Groenland

Guide de kayak polaire, Eric Chazal a noué de solides amitiés à Qeqertaq avec une petite communauté de pêcheurs en Baie de Disko, au Groenland. Il répond aujourd’hui à l’invitation de Juanguak, chasseur pêcheur passionné de kayak traditionnel. Accompagné d’Olivier Dalby, fidèle partenaire d’aventure, Eric tente de remonter en ski-pulka le Torssukatak en direction de l’inlandsis et de la Baie de Quervain.

Voici un extrait de son carnet d’expédition qu’il a bien voulu partager avec nous.
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07Déc. 2016

Rencontre avec Patrice Parenton, guide arctique

Depuis plus de 30 ans, Patrice pratique et encadre avec passion des activités de pleine nature. La rencontre avec Grand Nord Grand Large est une évidence : il devient guide arctique en 2008. Portrait d’un passionné touche-à-tout qui a des fourmis plein les jambes.

Patrice Parenton
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03Juin. 2016

Reportage sur l’équipage de Vagabond – le voilier polaire

Equipage_de_Vagabond_le_30_mars_2016

Le 5 juin à 14h45 , TF1 met la lumière sur les « Français qui ont tous lâché pour aller vivre dans le Grand Nord« . C’est l’occasion de retrouver Eric Brossier, sa famille et leur voilier « Vagabond ».

Et voici quelques nouvelles de tout l’équipage :

« Vagabond, à trois kilomètres du village de Qikiqtarjuaq, au Nunavut (Canada), juste à la sortie du passage du Nord-Ouest, achèvera bientôt son onzième hivernage dans l’Arctique.
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